Belgique
Réduction des risques et minorités vulnérables
Namur : Trois fois plus de consultations en dix ans à l’antenne de soins de Médecins du Monde
En 2016, Médecins du Monde ouvrait une antenne de soins à Namur destinée à pallier le manque d’accès aux soins pour les personnes vulnérables : en situation de précarité, sans abri, sans papiers ou encore demandeuses de protection internationale. Dix ans plus tard, le nombre de consultations a triplé, passant de 69 en 2016 à 234 en 2025. Ces chiffres sont le reflet d’un accès aux soins toujours plus complexe alors que la précarité dans l’arrondissement de Namur ne cesse d’augmenter.
« 55% des personnes que nous voyons en consultation à Namur nous disent ne bénéficier d’aucune prise en charge médicale à l’exception de celle de Médecins du Monde. Les entraves à l’accès aux soins pour nos patient·es sont multiples et souvent entrelacées : méconnaissance du système de santé et de leurs droits, peur d’être stigmatisé·es, barrières financières », explique Sophie Devillé, coordinatrice régionale pour Médecins du Monde en Wallonie. « Sans parler des procédures administratives, souvent kafkaïennes, qui constituent un frein majeur à l’accès aux soins des publics précarisés. »
Depuis 2016, à travers son équipe de médecins, infirmier·res et accueillant·es volontaires, l’antenne de soins de Médecins du Monde à Namur offre des soins entièrement gratuits une fois par semaine aux personnes les plus démunies, qui n’ont pas ou plus accès au système de santé classique. Les consultations médicales ont lieu dans les locaux du Relais Santé Namurois[1], partenaire du projet depuis sa création.
Mal-logement : terreau fertile aux problèmes de santé
En 2025, 85% des patient·es reçu·es à l’antenne de soins de Namur n’avaient pas de logement individuel et près de la moitié vivait à la rue ou dans des centres d’hébergement d’urgence.
Une situation de mal-logement qui ne fait que s’aggraver dans l’arrondissement de Namur comme en témoigne le dernier dénombrement réalisé en octobre 2024 et qui avait recensé 2073 personnes sans abri ou sans chez soi, soit une augmentation de 80% par rapport au dénombrement précédent en 2021. Or, de mauvaises conditions de logement ont un impact majeur sur la santé.
« La majorité des patient·es que nous voyons viennent consulter pour des problèmes directement liés à leurs conditions de vie difficiles : douleurs ostéo-musculaires (22%), infections cutanées (13%), gastriques (11%) ou pulmonaires (10%) », indique Serge Dupont, infirmier volontaire pour Médecins du Monde.
Santé mentale fragilisée
L’aggravation des troubles psychologiques - un motif de consultation qui a doublé au cours des cinq dernières années - est aussi une préoccupation importante pour les équipes de Médecins du Monde : « On rencontre beaucoup de jeunes adultes en souffrances psychologiques, surtout ceux et celles avec un parcours d’exil. La procédure de demande d’asile est une grande source d’angoisse. Et le manque de structures pour répondre à ces besoins psychologiques est criant », s’inquiète Jacques Quaresme, médecin volontaire pour Médecins du Monde.
C’est le cas de C*, qui consulte pour la première fois chez Médecins du Monde à Namur alors que sa demande d’asile vient juste d’être déboutée : « Tant que ma demande était en cours, j’avais accès à une prise en charge médicale. Maintenant, j’ai un ordre de quitter le territoire. Mais pour aller où ? J’ai quitté la Guinée en 2021 pour des raisons politiques et je ne peux pas y retourner. »
En 2025, parmi les patient.es dont la situation administrative était connue, 50% étaient des Belges ou des personnes disposant d’un titre de séjour, tandis que l’autre moitié était composée de personnes sans papiers.
Alors que toute personne sans titre de séjour a théoriquement droit à l’aide médicale urgente (AMU) en Belgique, l’accès effectif à l’AMU reste compliqué. « La majorité des personnes sans papiers ne savent pas qu’elles peuvent bénéficier de l’AMU[2]. Elles sont souvent isolées et manquent d’informations. Mon rôle est de les orienter et de les accompagner dans leurs démarches pour qu’elles récupèrent l’accès à leurs droits. Mais c’est souvent un parcours semé d’embûches », explique Sarah Bodart, assistante sociale chez AFICO, une asbl namuroise[3] avec laquelle Médecins du Monde a mis en place un partenariat depuis 2023.
Moins de moyens, plus de besoins
« Des politiques sociales, fondées sur la méfiance et l’exclusion, ce sont des politiques qui précarisent et qui marginalisent », s’indigne Sophie Devillé. « Chez Médecins du Monde, notre objectif est de réintégrer les personnes dans le système de santé classique. Or, aujourd’hui faute de solutions, de plus en plus de personnes s’en retrouvent exclues. Qu’après 10 ans, notre antenne de soins à Namur soit toujours aussi nécessaire est la preuve en soi de la faillite de l’Etat. »
[1] RSUN - Relais social urbain namurois
[2] Le Centre Fédéral d’Expertise des Soins de Santé (KCE) estime lui-même que 80 à 90 % des personnes concernées par l’Aide Médicale Urgent n’y ont pas recours : https://kce.fgov.be/fr/vers-une-reforme-de-lacces-aux-soins-de-sante-pour-les-personnes-en-sejour-irregulier
[3] AFICO (Animation Formation Information Coordination) est une asbl namuroise d’éducation populaire et d’insertion socio-professionnelle : www.afico.be
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