Personnes migrantes ou déplacées

Comment passer l’hiver dans le camp de Lesbos ?

En septembre 2020, lorsque le camp de Moria à Lesbos est parti en fumée, des milliers de personnes réfugiées ont dû se mettre en quête d’un nouvel abri. Aujourd’hui, ce camp existe et 7.500 personnes y vivent. Médecins du Monde y apporte une aide médicale. Nos collègues de terrain nous expliquent comment ces personnes passeront l’hiver.

2.300
Personnes soignées
900
Enfants soignés
5.000
Kits COVID-19 distribués

Ici, à la consultation de Médecins du Monde, nous avons réussi à créer un espace sécurisant

Camp de Lesbos inondé

 

Le caractère temporaire du camp de Mavrovouni saute immédiatement aux yeux : 7.408 personnes, dont beaucoup d’enfants et de familles, vivent dans cette ancienne base militaire en bordure de mer dans des tentes sans chauffage, sans accès à des installations sanitaires, ni à l’éducation. Selon les Nations Unies, 950 appareils de chauffage ont été livrés mais ne peuvent être branchés car l’installation électrique n’est pas encore opérationnelle. Le camp n’est actuellement équipé que de 10 groupes électrogènes, ce qui ne permet de fournir qu’une ampoule par tente. Le réseau de distribution d’eau n’est pas encore prêt non plus. Selon nos dernières informations (27 décembre 2020), il n’y avait que 108 douches disponibles, dont seulement 36 disposant d’eau chaude.

Malgré cela, le ministre grec à la Migration a déclaré que la situation, comparée au camp de Moria, était bien meilleure et qu’avec l’appui de l’Union européenne, un nouveau camp plus robuste serait construit à Vastria. Celui-ci ouvrira ses portes en septembre 2021. Jusque-là, on devra donc surtout compter sur l’entraide … et tenter de survivre.

 

Pensées suicidaires, syndromes de stress post-traumatiques

L’IRC, Comité international de secours, a publié un rapport qui estime que trois quarts des patients et patientes vivant sur les îles souffrent de problèmes mentaux : sur les 904 personnes qui ont contacté l’IRC, 41% souffraient de stress post-traumatique, 35% avaient des pensées suicidaires et 18% ont déclaré avoir tenté de mettre fin à leurs jours.

La menace de la pandémie a encore aggravé la situation : dès le premier confinement, le nombre de troubles psychotiques a augmenté de 71% et les automutilations de 66%.

 

Aide médicale

Médecins du Monde était une des premières organisations à apporter de l’aide humanitaire sur le terrain. Nous avons d’abord déployé des équipes mobiles mais aujourd’hui nous sommes installé.e.s à l’intérieur du camp. Nous apportons des soins d’urgence, nous aidons à la détection des cas de COVID-19 et à la prévention mais nous référons également les personnes vers des soins spécialisés lorsque c’est nécessaire. Depuis le 12 septembre, nous avons reçu 2.300 personnes, dont 900 jeunes et enfants. La propagation du COVID-19 est sous contrôle : fin décembre, seules 14 personnes étaient en quarantaine. Sur une population de 7.200 personnes, c’est une bonne nouvelle.

Kobra, 27 ans, est une patiente régulière de notre consultation. En 2019, elle est arrivée d’Afghanistan à Lesbos. “Quitter notre pays n’a pas été une décision facile, mais nous pensions que nous n’avions pas le choix et que nous devions trouver un meilleur endroit pour élever nos enfants. Nous avons dû embarquer sur un petit bateau lorsque nous sommes arrivé.e.s en Turquie. L’expérience a été terrifiante car c’était la première fois que nous prenions un bateau et la mer était mauvaise. Nous avions entendu des histoires de noyades, mais, à ce moment-là, il était trop tard pour changer d’avis. Heureusement nous avons survécu et nous sommes arrivé.e.s au camp de Moria. C’est là que j’ai pour la première fois, eu un contact avec Médecins du Monde. Nos enfants étaient très malades et avaient besoin d’aide. Les médecins se sont occupé d’eux et ont fait en sorte qu’ils soient hospitalisés. Dans le nouveau camp, Kobra continue à fréquenter les consultations de Médecins du Monde. “Je suis suivie par un psychologue et par un gynécologue. Tant de choses nous sont arrivées depuis notre départ d’Afghanistan. Ici, à la consultation de Médecins du Monde, nous avons trouvé un endroit sécurisant. ”

Réfugiée habillant son enfant

La santé des personnes qui vivent dans le camp est fragile. Pas seulement à cause des mauvaises conditions de vie mais parce qu’il s’agit de personnes plus vulnérables : la moitié sont des enfants, des femmes et des familles. Il y a par ailleurs aussi des personnes réfugiées âgées, des personnes souffrant de maladies chroniques et d’autres qui souffrent de séquelles de violences physiques ou psychiques.

La population grecque, elle, fait face à un taux de chômage très élevé et à un système de soins de santé toujours affaibli par la crise sanitaire. Un contexte qui ne sera pas propice à un changement rapide de l’accueil des personnes réfugiées.

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