Belgique
Réduction des risques et minorités vulnérables

L'EVRAS reste insuffisante et inégale en Wallonie : “Il faut renforcer les initiatives de proximité vis-à-vis des adolescent·es en particulier en zones rurales »

En Wallonie, l’accès à l’éducation à la vie relationnelle, affective et sexuelle (EVRAS) pour les adolescent·es reste encore largement insuffisant et inégal. Développer des dispositifs d’EVRAS de proximité et augmenter la fréquence des séances auprès des jeunes est crucial, en particulier dans les zones rurales plus exposées à la précarité, plaide Médecins du Monde.

En Fédération Wallonie-Bruxelles, bien que des avancées aient été réalisées avec l’adoption en 2023 d’un décret imposant au moins deux séances d’EVRAS obligatoires durant le parcours scolaire, l’application effective de cette obligation reste encore marquée par de profondes inégalités. Les conditions de mise en œuvre varient fortement selon les établissements, les ressources allouées et la disponibilité d’opérateurs labellisés EVRAS1.

Et bien souvent, aux inégalités d'accès à l'EVRAS, se superposent d’autres déterminants sociaux de la santé qui contribuent à renforcer les vulnérabilités existantes chez les jeunes. « L'EVRAS fait partie du droit fondamental à la santé. L’État a la responsabilité de garantir l’effectivité de ce droit pour tous les enfants sur son territoire, quels que soient leur région, leur école ou leur origine sociale », souligne Aliénor Ader, coordinatrice du projet Adobus pour Médecins du Monde, un projet pilote visant à rapprocher les services de prévention, d’accompagnement et de santé sexuelle et reproductive des jeunes dans deux communes rurales de la province du Hainaut.

Reproduction des inégalités

En province du Hainaut, on enregistre deux fois plus de grossesses chez des jeunes filles de moins de 20 ans qu’à l’échelle nationale2. La proportion de familles monoparentales y est également plus élevée (15,4%), par rapport à la moyenne belge (11.3%)3. En parallèle, certaines communes sont particulièrement mal loties en termes d’accès aux soins.

« Pour les jeunes de Quiévrain et de Colfontaine, le centre de planning familial le plus proche est situé à au moins 30 minutes en transport de l’école ; bien trop loin pour que la plupart des jeunes s’y rendent d’eux-mêmes », explique Aliénor Ader. « Les enfants qui auraient le plus besoin d'une EVRAS de qualité sont souvent ceux qui y ont le moins accès, accentuant ainsi les risques de violences, d'exclusion sociale et de précarité. »

L’Adobus est né pour répondre à ces enjeux. Lancé en 2019 par Médecins du Monde et le Centre de Planning Familial de Frameries, d’abord au sein du Lycée Provincial Hornu-Colfontaine en collaboration avec la commune de Colfontaine, le projet a ensuite été élargi au Centre Scolaire Don Bosco de Quiévrain en 2022. Il est mis en œuvre avec la collaboration de deux services d’actions en milieu ouvert (AMO) et le Collectif Santé Mons-Borinage.

« Une des forces de ce dispositif mobile, de proximité, est de réunir différents opérateurs qui mutualisent leurs expertises et leurs ressources au plus près des jeunes, en assurant une présence fréquente au sein de l’école. S’adresser directement aux adolescent·es sur leur lieu de vie est un facteur important dans la relation de confiance qui se noue et permet ensuite, si nécessaire, d’organiser les relais vers les services spécialisés de première ligne », explique Aliénor Ader.

Accompagnement progressif des jeunes

Seules deux séances d’EVRAS sont obligatoires au sein des établissements scolaires en 6e primaire et en 4e secondaire, soit quatre heures d’échanges au total. « C’est beaucoup trop peupour répondre aux besoins réels des jeunes ! Il faut pouvoir assurer un accompagnement progressif tout au long de l’adolescence », explique Aliénor Ader.

La présence continue de l’Adobus dans les deux écoles a permis d’appréhender une gamme de problématiques bien plus large qu’il ne serait possible de le faire avec les seules séances d’EVRAS obligatoires. Dans un sondage réalisé auprès de plus de 70 élèves de ces deux établissements en juin 2026, 80% ont confirmé que la présence de l’Adobus dans leur cour de récréation était « importante » pour eux, et près de 70% soulignent également l’importance que les intervenants du projet soient extérieurs à l’école.

Au cours de l’année scolaire 2025-2026, 32 permanences ont été organisées par l’Adobus dans les deux établissements secondaires ciblés. Chaque permanence a permis d’atteindre en moyenne une cinquantaine d’élèves du lycée de Colfontaine et une trentaine d’élèves de Quiévrain. Les permanences ont permis de réaliser 33 entretiens individuels à la demande des jeunes, 4 tests de grossesse, de fournir 3 contraceptions d’urgence et près de 1000 préservatifs, et d’organiser 15 références vers des services d’aide extérieurs. 

Levier de justice sociale

Les activités proposées via l’Adobus permettent à la fois de promouvoir la santé (physique, mentale et sexuelle) des jeunes de façon directe, mais aussi - en leur donnant accès à des informations fiables et de qualité - d’agir favorablement sur les déterminants sociaux de la santé. 

« Les jeunes que nous rencontrons sont confrontés de plus en plus tôt aux dérives liées à l’usage des réseaux sociaux et aux problématiques de harcèlement et de violences plus largement. Il est urgent de mettre l’accent sur les premières années du secondaire pour soutenir la santé physique et mentale de ces adolescent·es », insiste Aliénor Ader. « En étant mieux informé·es, ils développent leur esprit critique et leur capacité à faire des choix éclairés concernant leur vie affective et relationnelle ; des choix qui peuvent avoir un impact déterminant sur leur avenir », insiste Aliénor Ader.

Après six années de pilotage et de consolidation de ce dispositif EVRAS de proximité, Médecins du Monde passe aujourd'hui le relais aux partenaires locaux impliqués depuis ses débuts et qui, convaincus de l’utilité de cette action, poursuivront les activités à la rentrée prochaine.

« Mais l’accès à l’EVRAS ne devrait pas dépendre de la bonne volonté de quelques acteurs locaux. Il faut allouer à ce dispositif des moyens humains et financiers suffisants, aussi bien au niveau des établissements scolaires que des opérateurs spécialisés, et étendre ces animations à davantage de classes tout au long de la scolarité », rappelle Aliénor Ader.

Adobus Wallonie

 

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