Belgique
Personnes en marge de la société

Journée mondiale pour le droit à l’avortement : les gouvernements fédéral et wallon à la traîne pour l’accès à l’interruption volontaire de grossesse

A l’occasion de la Journée mondiale pour le droit à l’avortement, Médecins du Monde appelle les gouvernements wallon et fédéral à revoir la loi sur l’avortement, en particulier pour les femmes vulnérables, qui se retrouvent confrontées à de nombreux obstacles tout au long du parcours.


En Wallonie, les femmes vulnérables particulièrement fragilisées 

« Barrières géographiques, services fragmentés et absence de réseau coordonnant les centres d'avortement : en Wallonie, les femmes souhaitant interrompre leur grossesse se heurtent régulièrement à de lourds obstacles organisationnels et logistiques. Les femmes les plus vulnérables sont particulièrement discriminées », affirme Médecins du Monde à l'occasion de la Journée mondiale pour le droit à l’avortement. 

En effet, contrairement à la Flandre, la Wallonie ne dispose pas d'un réseau centralisé de centres d'avortement qui se consacreraient exclusivement aux interruptions volontaires de grossesse (IVG) tout au long de l'année. Les femmes qui souhaitent avorter doivent se rendre dans un centre de planning familial, où les IVG ne sont pas systématiquement pratiquées (seule une minorité de ces centres la pratiquent et selon une fréquence limitée (quelques jours par semaine, voire une demi-journée). De plus, en région wallonne, on constate d’une part une pénurie de ces centres - situés parfois dans des zones difficilement accessibles, et d’autre part, un manque de médecins formés pour pratiquer les IVG. 

Le parcours de la combattante pour les femmes vulnérables

« Pour les femmes qui vivent en situation de précarité en Wallonie, qui n’ont pas de mutuelle, de papier et/ou de logement, cette logistique complexe est souvent ‘la goutte d’eau qui fait déborder le vase’ », explique Sophie Devillé, coordinatrice régionale Wallonie pour Médecins du Monde.

« Avant même de lancer les démarches pour une IVG, ces femmes sont déjà confrontées à un manque d’informations et à des obstacles financiers ou administratifs. Par exemple, celles qui ne disposent pas de titre de séjour valide ni de mutuelle sont confrontées à un non-choix : payer 582 euros, ou introduire une demande auprès du CPAS local afin de demander l’Aide Médicale Urgente (AMU). Pour les femmes en situation de précarité, payer ce montant est exclu. Quant aux CPAS, il y a souvent un manque de personnel suffisamment formé à cette demande », ajoute-t-elle. 
De plus, la lourdeur administrative est telle que les femmes se retrouvent parfois contraintes d’attendre jusqu’à neuf semaines avant d’obtenir une réponse du CPAS. « Souvent, quand elles obtiennent enfin une réponse, c’est déjà trop tard », déplore Sophie Devillé. En dernier recours, l’option de se rendre à l’étranger, aux Pays-Bas par exemple – qui légalise l’IVG avec des délais plus longs, n’est pas envisageable : ces femmes n’ont ni les moyens financiers, ni les papiers, ni les connaissances linguistiques pour se permettre ce déplacement.

Médecins du Monde accompagne les femmes dans leur parcours d’IVG

L’équipe de Médecins du Monde rencontre régulièrement ces femmes, en pleine détresse, dans ses bus médicaux (Charleroi, La Louvière) et antennes de soins en Wallonie (La Louvière, Namur, Mons). L’organisation échange également au sujet de grossesses précoces aves des adolescentes dans le cadre de l’Adobus, un bus ambulant qui se rend dans les cours de récréation de deux écoles (Colfontaine et Quiévrain). 
« Actuellement, via les projets menés en Wallonie, nous accompagnons trois femmes dans leur parcours d’IVG », témoigne Sophie Devillé. Les femmes que nous rencontrons dépassent souvent le délai légal pour de multiples raisons. Parmi celles-ci, le contexte de migration peut retarder la prise de conscience d’une grossesse (difficulté de suivre son cycle menstruel, stress, privation alimentaire pouvant amener des périodes d’aménorrhées*). Pour d’autres, le parcours administratif, financier et organisationnel est si long qu’elles se tournent vers Médecins du Monde en dernier recours.

Des revendications adressées aux gouvernements wallon et fédéral

En Belgique, l’accès à l’avortement est donc très limité pour les femmes les plus vulnérables.
« Nous aidons ces jeunes filles et femmes selon notre expertise et nos capacités, mais la responsabilité finale revient à nos gouvernements », déclare Sophie Devillé.

Médecins du Monde appelle donc les gouvernements wallon et fédéral à avancer et investir dans la réforme de la loi sur l’avortement, notamment en garantissant un accès suffisant aux centres pratiquant les IVG en Wallonie.

Pour rappel, Médecins du Monde fait pression auprès des autorités depuis 2023 afin que cette loi soit réformée ; la commission conjointe Justice, Santé et Egalité des Chances de la Chambre avait notamment débattu la question en mai 2023. 
Malgré l’urgence de cette réforme, les mesures nécessaires n’ont cependant toujours pas été adoptées.



Pour info :
Médecins du Monde mène des projets liés à la vie sexuelle et reproductive des jeunes filles et des femmes en Wallonie, et notamment via ses antennes de soin, son Medibus et l’Adobus qui se rend dans les écoles de Quiévrain et de Colfontaine chaque semaine. En savoir plus : Wallonie | Medecins du Monde

 

* Document santé sexuelle et reproductive des femmes en situation de précarité à Bruxelles, évaluation des activités de Médecin du Monde mars 2018 à mars 2019.

 

Médecins du Monde est membre de 12-12, CNCD-11.11.11., Récolte de fonds éthique, Donorinfo

 

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