Belgique
Personnes en marge de la société

Le gouvernement va-t-il laisser mourir les sans-papiers ?

Carte blanche du CIRÉ, co-signée par Médecins du Monde

On le sait : les trajectoires de vie des personnes sans-papiers sont parcourues de violence. Violence à l’encontre de celles et ceux qui vivent ici depuis 5, 10, parfois 20 ans, à qui l’État refuse l’accès aux droits les plus élémentaires. Violence de l’exploitation dans de nombreux secteurs de l’économie. Violence de l’angoisse des lendemains sans aucune perspective. Violence des discours fallacieux et stigmatisants à leur égard, les présentant comme des délinquant·e·s, voire comme des maîtres chanteurs. Violence à l’égard des enfants nés ici mais privés de tout droit…

 

Ces dix dernières années, les autorités ont multiplié les réformes restreignant les possibilités d’accès au séjour légal en Belgique. Elles ont ainsi généré et massifié la situation de non-droit dans laquelle plusieurs dizaines de milliers de personnes, rendues « sans papiers », se retrouvent piégées. Par un calcul électoraliste cynique, leurs vies sont mises en balance avec les conséquences politiques d’une décision qui permettrait pourtant de sortir de l’impasse. Par ce même calcul, le gouvernement choisit d’investir 20 millions dans la politique de retour, plutôt que de se s’atteler à la question cruciale : mettre ces personnes à l’abri du virus, comme il le fait pour le reste de la population.


La pandémie mondiale continue de faire des ravages et entraîne la fermeture de nombreuses frontières. L’élargissement de l’accès aux soins de santé au plus grand nombre est une urgence. La pétition « We are Belgium too » lancée par la Coordination des sans-papiers et Sans-papiers TV a franchi le cap des 25 000 signataires. Le personnel académique de l’ULB et de la VUB s’est prononcé publiquement en faveur de la régularisation… Les personnes sans papiers demandent l’objectivation de la délivrance de titres de séjour par l’adoption de critères clairs, inscrits de façon permanente dans la loi, et leur mise en application par une commission indépendante. Ce n’est ni démesuré, ni insurmontable.


Et ? Rien. L’État se tait. Son secrétaire d’État à l’Asile et à la Migration, lui, travaille à assurer à ces personnes un avenir dans leurs pays d’origine. Cynisme, disions-nous…


Face à la dureté de leurs conditions de vie et à l’absence de perspective, face à la violence du non-droit, des personnes sans papiers ont décidé de mettre leur vie en jeu… Depuis ce 23 mai, plusieurs centaines d’entre elles ont entamé une grève de la faim dans les occupations menées par l’Union des sans-papiers pour la régularisation.

L’histoire l’a démontré : leur lutte ne va pas s’arrêter. Les campagnes, actions et mobilisations de ces derniers mois vont, au contraire, durer et s’intensifier. Tant que le gouvernement n’aura pas le courage politique d’assumer un changement de cap à leur égard, la détermination et l’engagement des personnes sans papiers iront crescendo. Et elles prendront des risques graves pour leurs vies.


Nous - acteurs associatifs, syndicaux, citoyens, militants - continuerons à soutenir leurs revendications en faveur d’une régularisation de leur séjour sur base de critères clairs, inscrits de façon permanente dans la législation et analysés par une commission indépendante.


Le gouvernement va-t-il enfin prendre les mesures, justes, nécessaires, et simplement vitales que nous demandons depuis tellement d’années ? Ou va-t-il continuer à signifier par son mépris que certaines vies valent moins que d’autres ?

 

Photo : Kristof Vadino

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