Avortement : 6 mythes à déconstruire

L'avortement est entouré de nombreuses idées reçues qui alimentent les craintes & entravent l'accès sûr, réel et universel à ce soin essentiel.

Lisez notre article ici pour en savoir plus.

1.

"Avorter peut entrainer de graves complications médicales "

L’avortement sécurisé est un acte médical très sûr. Il existe deux méthodes sûres recommandées pour pratiquer des interruptions volontaires de grossesse : l’avortement médicamenteux ou l’avortement par aspiration manuelle. Les effets secondaires et complications graves liés aux avortements sécurisés sont extrêmement rares (<1%)1.

À l’inverse, les avortements non sécurisés sont responsables d’environ 40 000 décès par an dans le monde, soit une femme qui meurt toutes les 13 minutes d’un avortement non sécurisé. Cela représente 8 à 18% des décès maternels enregistrés chaque année et pourtant, c’est une cause de mortalité maternelle complètement évitable.

Les avortements non sécurisés sont souvent liés à des restrictions légales, à un manque d’accès à des services de santé sûrs ou à des obstacles financiers et sociaux. Mais les restrictions d’accès à l’avortement n’empêchent pas les avortements. Elles poussent uniquement à ce que ces derniers se déroulent dans des conditions plus dangereuses. 

[1] Safety and effectiveness - Ipas

2.

"Ce sont surtout des adolescentes qui avortent "

En Belgique, près de 20 000 interruptions volontaires de grossesse (IVG) sont pratiquées chaque année. L’âge moyen pour avorter en Belgique est de 29 ans2. Seuls 8% des interruptions volontaires de grossesses réalisées en Belgique concernent des jeunes filles de moins de 19 ans. Par ailleurs, 46% des femmes qui avortent sont en couple et plus de la moitié (54%) a déjà au moins un enfant.

Les principaux motifs évoqués pour décider d’une interruption de grossesse en Belgique :  

  • Pas de souhait d’avoir un enfant pour le moment (grossesse non planifiée) (44%)

  • Raisons familiales ou relationnelles (20,5%)

  • Contraintes financières ou matérielles (14,5%)

  • Raisons médicales (7,5%)

Les raisons liées à la violence (1,5%) ou à des convictions idéologiques (0,5%) représentent seulement un petit pourcentage.

[2] Rapports Commission nationale d'évaluation interruption de grossesse | SPF Santé publique

3.

"En Belgique, tout le monde a accès à l’avortement"

Bien que la Belgique dispose d'un cadre juridique autorisant l'IVG sous certaines conditions, l'accès effectif reste inégal.

Les personnes en situation de vulnérabilité, notamment les personnes demandeuses de protection internationale, les personnes privées de titre de séjour, les personnes sans chez-soi, les mineur·es et les travailleur·ses du sexe sont touchées de manière disproportionnée par les obstacles existants à l’IVG.

Cela est le résultat d’une combinaison de facteurs tels que des ressources financières limitées, un accès restreint à l'information, une situation de logement instable, des barrières linguistiques et culturelles, un statut de séjour précaire et une stigmatisation accrue. De plus, des conditions de vie précaires et l’isolement social contribuent directement à la détection tardive d'une grossesse. Les premiers symptômes sont moins facilement reconnaissables, en particulier chez des jeunes qui n'ont jamais été enceintes auparavant.

La précarité du logement rend également cette prise de conscience plus difficile. Il est souvent compliqué de suivre son cycle menstruel de manière régulière et des facteurs tels que le stress et la malnutrition peuvent entraîner une aménorrhée (absence de règles), ce qui retarde le diagnostic de grossesse, parfois au-delà du délai légal. En outre, le manque de moyens pour consulter un·e médecin ou acheter un test de grossesse, ainsi que des sentiments de déni, peuvent également retarder la demande de soins.

Enfin, la procédure longue et complexe d'aide médicale urgente (AMU) pour les femmes sans assurance maladie obligatoire vient ajouter un facteur critique dans un parcours où le temps est déjà compté (compte tenu du délai légal de 12 semaines et du délai obligatoire de réflexion de 6 jours). Ces obstacles administratifs entraînent des retards supplémentaires et augmentent le risque de dépasser le délai légal.

4.

"En Belgique, l’avortement est complètement légal"

En Belgique, l’avortement est strictement encadré et autorisé sous certaines conditions uniquement :

  • L’interruption volontaire de grossesse doit intervenir avant la fin de la 12e semaine de conception (soit 14 semaines d’aménorrhée, autrement dit d’absence de règles) ;

  • Un délai de six jours de réflexion doit être respecté entre la première consultation et le jour de l’interruption volontaire de grossesse. Ce délai ne peut être raccourci qu’en cas de raison médicale urgente ;

  • L’interruption volontaire de grossesse ne peut être pratiquée que par un·e médecin dans un centre agrée pratiquant l’IVG ou dans un hôpital ;

  • Toute personne demandant un avortement doit obligatoirement être informée des potentiels risques médicaux (bien qu’ils soient minimes), des méthodes de contraception disponibles ainsi que sur l’adoption et les différentes “possibilités d’accueil” de l’enfant à naitre.

En cas de non-respect de ces conditions, la·le médecin et la femme ayant eu recours à une interruption volontaire de grossesse sont susceptibles de faire face à des sanctions pénales en Belgique, telles qu’un mois à un an de prison et une amende de 50 à 200 euros

5.

"L’avortement est utilisé comme un moyen de contraception "

Les avortements de “confort” n’existent pas. Avoir recours à une interruption volontaire de grossesse est une décision qui est loin d’être prise à la légère et dont les raisons peuvent être aussi variées que les personnes qui y ont recours.

Dans les pays qui légalisent le droit à l’avortement, on observe souvent une diminution du nombre de grossesses non intentionnelles. Cela est dû au fait que la levée des restrictions à l’avortement sont souvent accompagnées de politiques globales en faveur de l’accès à des services de santé sexuelle et reproductive, notamment en matière d’accès aux contraceptifs et à l’éducation à la sexualité.

D’ailleurs, d’après l’Institut Guttmacher (un institut de recherche de référence sur la santé sexuelle et reproductive), le nombre d’avortements est significativement le même dans les pays qui interdisent ou restreignent l’interruption volontaire de grossesse (37 personnes sur 1 000) et dans ceux qui l’autorisent (34 sur 1000).

6.

"Avorter a un impact majeur sur la santé mentale"

On s’imagine souvent que l'avortement est un nécessairement un évènement traumatique. Or, il n’y a aucune corrélation prouvée entre problématiques de santé mentale et avortement.

Au contraire, le sentiment le plus fréquemment rapporté chez les femmes et personnes enceintes ayant avorté est le soulagement. Une minorité de femmes fait état de sentiments de tristesse ou de culpabilité, similaires à ceux ressentis lors d'autres événements stressants. Mais en réalité, bien davantage que la décision d’avorter, c’est souvent la stigmatisation, la pression sociale et familiale, le manque de soutien, l’absence de bienveillance de la part des professionnel·les de santé, ou encore les obstacles administratifs qui ont un impact psychologique.

En revanche, être forcé·e de mener à terme une grossesse non intentionnelle peut causer des troubles psychologiques comme de l’anxiété, voire de la dépression, et accentuer des difficultés socio-économiques préexistantes.

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