Epidémie d’Ebola en RDC : « Les moyens déployés restent insuffisants face à la gravité de la menace »

L’épidémie d’Ebola en cours à l’est de la République démocratique du Congo (RDC) est la plus meurtrière que le pays n’ait jamais connue. Au 17 août, on comptabilisait déjà 2420 mort·es sur un total de 5105 cas confirmés, soit un taux de létalité de 47%. Alors que l’épidémie continuer de se propager à toute vitesse, les équipes de Médecins du Monde restent mobilisées.

David-Montano-Inturias

Entretien avec David Montano Inturias, Coordinateur Général pour Médecins du Monde au Sud-Kivu.

Epidémie d’Ebola en RDC

Quelle est la situation actuelle de l’épidémie à l’est de la RDC ?

David Montano Inturias : Très préoccupante. On observe une propagation très rapide de l’épidémie. La semaine passée, nous étions autour d’une centaine de nouvelles contaminations par jour, soit un nouveau cas toutes les 15 minutes environ. Au total, on recense plus de 5100 cas confirmés et 2420 personnes décédées de la maladie à virus Ebola ; ce qui en fait d’ores et déjà l’épidémie la plus meurtrière jamais enregistrée en RDC. Il suffit de comparer : la dernière grande épidémie d’Ebola dans le pays, qui avait eu lieu entre 2018 et 2020, avait fait 2300 mort·es en l’espace de deux ans. L’épidémie actuelle a fait plus de victimes en à peine trois mois.

Au-delà l’augmentation des cas, on note aussi une expansion géographique de l’épidémie, la rendant d’autant plus difficile à contrôler. A l’heure actuelle, outre la province d’Ituri, où se situe l’épicentre de l’épidémie, cinq autres provinces sont touchées : le Sud-Kivu, le Nord-Kivu, la Tshopo, le Haut-Uélé et le Bas-Uélé.

Quels sont les plus grands défis auxquels les acteurs de santé et organisations humanitaires font face ?

Tout d’abord, il faut rappeler qu’il n’existe à ce jour aucun traitement ni vaccin dont l’efficacité a été prouvé pour lutter contre le variant Bundibugyo à la base de cette 17e épidémie d’Ebola en RDC. Cela limite drastiquement les moyens disponibles pour endiguer l’épidémie, d’où l’importance cruciale des activités de sensibilisation communautaire et du renforcement des mesures de triage et prévention des infections dans les structures de santé.

Il ne faut pas non plus sous-estimer l’impact du contexte sécuritaire et humanitaire dans lequel intervient cette épidémie qui, lui aussi, pose d’importants défis. La guerre ne s’est pas arrêtée avec l’épidémie d’Ebola. Des affrontements armés ont régulièrement lieu dans des zones proches ou directement affectées par l’épidémie, restreignant l’accès des acteurs sanitaires et humanitaires à ces zones et engendrant de nouveaux déplacements de population. Ces mouvements de personnes et les conditions de promiscuité dans lesquelles les personnes déplacées se retrouvent forcées de vivre sont propices à accélérer la transmission du virus.

Enfin, la méfiance des populations vis-à-vis de la maladie, des acteurs de la réponse et des structures sanitaires perdure également. Les gens « fuient » les centres de santé par peur de s’y faire infecter. Résultat, des décès - pourtant évitables - liées à d’autres maladies non traitées – ou du moins pas à temps - sont aussi susceptibles d’augmenter. Au Sud-Kivu, par exemple, et particulièrement dans la capitale Bukavu, une épidémie de choléra sévit en parallèle de celle d’Ebola. Or, si les patient·es souffrant du choléra ne se font pas soigner dès l’apparition des premiers symptômes, ils/elles risquent de voir leur état se détériorer sévèrement, voire d’en mourir.

Quelles sont les actions prioritaires qui doivent être mises en place pour réussir à contrôler l’épidémie ?

Il faut renforcer le suivi des cas contacts qui oscille entre 80-85% à l’heure actuelle ; ce qui laisse présager que l’épidémie continue à propager sous les radars dans certaines zones.

Par ailleurs, malgré les efforts des acteurs sanitaires, autorités et organisations humanitaires, la couverture des structures de santé appuyées dans les mesures de prévention et contrôle des infections reste trop faible, surtout dans les zones hors de l’épicentre de l’épidémie. Ces mesures (triage et circuit des patient·es adapté, formation du personnel soignant, matériel de protection pour les professionnel·les de santé, protocoles de désinfection, etc.) sont indispensables dans le cadre de la lutte contre l’épidémie d’Ebola. Aujourd’hui, les moyens déployés sont toujours insuffisants face à la gravité de la menace.

C’est notamment le cas au Sud-Kivu où le nombre de cas confirmés est resté contenu jusqu’à présent. Du coup, on constate une attention moindre des bailleurs et des financements limités pour lutter contre l’épidémie dans cette province. Or, face à une épidémie d’une telle ampleur et au vu du contexte particulièrement fragile et volatile de la RDC, une nouvelle flambée peut arriver n’importe quand, n’importe où. Il est crucial d’investir de manière significative dans la prévention dans toutes les zones voisines de l’épicentre pour barrer la route à la maladie et endiguer la propagation du virus.

Notre réponse au Sud-Kivu :

 

Plus de 580 000 personnes sensibilisées sur les mesures de prévention contre Ebola

Plus de 70 spots de prévention diffusés via les radios locales

96 professionnel·les de santé formé·es sur le triage des cas suspects et les premiers secours psychologiques

24 structures sanitaires dotées de matériel de protection et prévention des infections

Soutien à la gratuité des soins pour l’ensemble des patient·es dans 4 structures de santé à Miti-Murhesa (zone de santé où des cas d’Ebola ont été notifiés)

Construction de 4 salles d’isolement dans des centres de santé pour les cas suspects d’Ebola 

David Montano Inturias
David Montano Inturias, Coordinateur Général pour Médecins du Monde en RDC

 

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