Les oublié·es du Sud-Kivu (#2) : « Les conflits se répercutent jusque dans les assiettes »

  • Lutter contre l’insécurité alimentaire (épisode 2) 

Tandis que l’épidémie d’Ebola en République démocratique du Congo (RDC) fait la une des journaux à travers le monde, les populations vivant dans les zones reculées de la province du Sud-Kivu se battent au quotidien pour survivre, loin des regards.  

L’Est de la RDC, en proie à des décennies de conflits armés, d’instabilité politique et de fragilité structurelle, continue de s’enfoncer dans une crise humanitaire majeure. Selon les Nations Unies, le pays compte désormais plus de 6,4 millions de personnes déplacées internes, ce qui place la RDC au 5e rang des pays comptant le plus de personnes déplacées, après le Soudan, la Syrie, l’Afghanistan et l’Ukraine. Avec 1,5 million de personnes déplacées, la province du Sud-Kivu est la deuxième province du pays enregistrant le nombre le plus élevé de personnes déplacées.

Médecins du Monde s’engage depuis de nombreuses années auprès des communautés isolées du Sud-Kivu. Cette série en deux parties vous emmène sur les pas de ceux et celles que l’attention internationale continue trop souvent d’oublier. 

Lire le premier épisode : Les oublié·es du Sud-Kivu (#1) : « Redevenir une personne comme les autres » 

 

Malédiction des ressources 

Le territoire de Fizi, dans la province du Sud-Kivu, est situé au bord du lac Tanganyika face au Burundi. Il est connu pour son sol fertile et riche en ressources minières. « Ces ressources font l’objet de convoitises qui alimentent de nombreux conflits sur leur passage, et dont la population subit de plein fouet les conséquences, jusque dans son assiette », explique Olivier Murhabazi Bonane, coordinateur de projet pour Médecins du Monde dans le territoire de Fizi.

D’un côté, l’insécurité persistante limite l’accès aux champs, engendre des déplacements massifs et impacte sur les productions agricoles locales qui se voient détruites ou abandonnées. De l’autre, elle perturbe la circulation sur les axes routiers menant vers les grandes villes d’Uvira et Bukavu, causant une flambée des prix des denrées importées ainsi que des difficultés d’approvisionnement pour les structures de santé.

Ces défis contribuent de manière inquiétante à la détérioration de la situation nutritionnelle dans le territoire de Fizi, et plus largement dans la province du Sud-Kivu. Considérée en "alerte" à la fin de l’année 2025, la situation nutritionnelle dans la province est maintenant évaluée comme particulièrement "sérieuse", avec entre 10 à 15% des enfants de moins de 5 ans souffrant de malnutrition aiguë.

Cercle vicieux de la malnutrition 

Pour lutter contre cette insécurité alimentaire, particulièrement chez les enfants de moins de 5 ans et les femmes allaitantes, Médecins du Monde, en partenariat avec l’ONG ACTED, met en œuvre un programme d’assistance nutritionnelle dans deux zones de santé à Fizi et Nundu, grâce à un financement du Fonds Humanitaire en RDC.

Rien qu’en mai 2026, plus de 550 enfants atteints de malnutrition aigüe sévère ont été pris en charge dans 13 structures de santé appuyés par Médecins du Monde. 10% d’entre eux ont dû être hospitalisés dû à la gravité de leur état.

« Vu qu’il est de plus en plus difficile pour les familles de trouver de quoi se nourrir de manière équilibrée, les enfants n’ont pas les apports nutritifs suffisants pour que leur organisme se développe suffisamment et soit en mesure de lutter contre les maladies », détaille Olivier M. Bonane.

Plus fragiles, les enfants sont plus à risque de contracter d’autres maladies, telles que des infections respiratoires ou gastriques. En parallèle, les épidémies à répétition qui sévissent dans cette zone, telles que le choléra, le paludisme et la rougeole, affaiblissent à leur tour les organismes des jeunes enfants, les rendant plus susceptibles de tomber dans la malnutrition.

Mobilisation communautaire 

Médecins du Monde travaille avec un réseau de relais communautaires pour effectuer un dépistage proactif des enfants malnutris dans les villages et les référer le plus rapidement possible vers un centre de santé, avant que leur état ne se détériore. 140 relais communautaires ont déjà été formés depuis le mois de mai 2026, permettant ainsi d’atteindre les communautés les plus isolées. 

Les oublié·es du Sud-Kivu (#2) : « Les conflits se répercutent jusque dans les assiettes »
Les « mamans lumière »

Des « mamans lumière » sensibilisent également les mères, femmes enceintes et femmes allaitantes sur les éléments clés d’une alimentation équilibrée pour les nouveau-nés, notamment à travers des séances de démonstration culinaire.

« Nous proposons des alternatives nutritives pour les enfants, sur base des aliments accessibles localement », explique Fatuma Mulibinge, une "maman lumière" formée par Médecins du Monde. « On prépare une bouillie enrichie, composée de farine de maïs, de soja, de lait, et de fruits et légumes locaux pour renforcer l’immunité. On ajoute aussi un peu de sucre et d’huile de palme pour l’apport énergétique. »

Les séances de sensibilisation communautaires ont déjà touché plus de 6660 personnes au cours du mois de mai 2026.

« La population est habituée à faire face à des défis sanitaires, géographiques et sécuritaires majeurs. Mais la résilience des communautés ne doit pas donner une excuse aux acteurs humanitaires pour détourner le regard de ces zones », rappelle Olivier M. Bonane. « Nos équipes poursuivront leurs efforts pour lever les barrières d’accès aux soins et apporter leur contribution dans la réduction de la mortalité et morbidité dans le territoire de Fizi. »  

 

Plus d’informations sur notre impact grâce à l’appui du Fonds Humanitaire en RDC :

DR Congo - Sud-Kivu

Outre l’assistance nutritionnelle, Médecins du Monde soutient un renforcement global de l’accès aux soins dans le territoire de Fizi. Nos équipes travaillent dans trois zones de santé (Fizi, Nundu et Nyangezi) et appuient 17 structures sanitaires au total. Grâce à ce soutien, en mai 2026 : 

  • Plus de 15 370 consultations médicales ont été réalisées
  • Plus de 760 personnes ont été hospitalisées, dont 60% d’enfants
  • 147 accouchements ont été assistés par du personnel soignant formé
  • 92 survivant·es de violences sexuelles prises en charge 

 

Médecins du Monde est membre de 12-12, CNCD-11.11.11., Récolte de fonds éthique, Donorinfo

 

Médecins du Monde est membre du Consortium 12-12, CNCD-11.11.11, Récolte de Fonds Éthique et Donorinfo.

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