Moyen-Orient : Le droit international humanitaire en soins intensifs
Au Moyen-Orient, les attaques contre hôpitaux et soignant·es se multiplient, causant des milliers de morts et semant la peur. Le droit humanitaire est bafoué, mettant en danger patient·es et médecins. Il est urgent de le défendre avant qu’il ne disparaisse.
Au Moyen-Orient, depuis six semaines, les massacres de civil·es se multiplient sous nos yeux. Les décès se comptent déjà par milliers à travers la région : ni les soignant·es, ni les patient·es ne sont épargné·es.
Au Liban, depuis le lancement de l’offensive israélienne début mars, au moins 107 attaques ont visé des structures sanitaires et des ambulances, faisant 57 morts et 158 blessés. Au cours de la même période, en Iran, 23 attaques ont causé la mort d’au moins 9 professionnel·les de santé, et en Israël, ce sont 6 attaques qui ont touché des structures de santé (sans faire de victimes parmi le personnel soignant). (1)
En tant que directeur d’une organisation médicale, en tant que travailleur humanitaire, en tant qu’être humain tout simplement, cette brutalité me fait froid dans le dos. Elle est au mieux un mépris total pour le droit international humanitaire, au pire un choix délibéré.
Au-delà des victimes directes, ces attaques à répétition sèment la terreur au sein du corps médical et de la population. Imaginez si l’hôpital à côté de chez vous était frappé par un bombardement ennemi. Imaginez l’éclat assourdissant de l’explosion et les nuages de fumée noire qui s’élèvent. Imaginez les cris des blessé·es, le sauve-qui-peut parmi les survivant·es. Imaginez enfin les efforts des secouristes pour extriquer les corps à demi-brûlés des victimes. Ces scènes d’horreur sont inimaginables en Belgique. Elles sont pourtant une réalité quasiment quotidienne aujourd’hui au Liban, tout comme dans une vingtaine d’autres pays en conflit.
Le nombre de blessé·es augmente de jour en jour au Liban. Les hôpitaux sont débordés. Pourtant, les malades hésitent de plus en plus à s’aventurer vers les structures de santé de peur d’être la cible des bombardements. Parmi le million de personnes déplacées qui ont dû fuir leurs villes et leurs maisons à coups d’ordres d’évacuations forcées, il y a aussi des milliers de soignant·es. Dans ce chaos, et malgré la peur, le personnel médical du ministère de la Santé libanais et des organisations humanitaires – dont nos collègues de Médecins du Monde sur place –, continuent coûte que coûte à fournir des soins vitaux, souvent au péril de leur vie.
Une dégradation sans précédent du droit à la protection spéciale
Selon le droit international humanitaire, les structures médicales, les ambulances et le personnel de santé jouissent d’une protection spéciale en situation de conflit. Or, ces dernières années, nous assistons à une dégradation sans précédent de cette protection. Les statistiques de l’Organisation Mondiale de la Santé sont sans appel : le nombre de soignant·es tué·es a été multiplié par cinq, et le nombre de personnel médical blessé par trois si l’on compare les années 2020-2022 à celles de 2023-2025. Rien que dans la bande de Gaza, plus de 1700 professionnnel·les de santé sont mort·es depuis le début de la guerre en octobre 2023. (2)
Nous sommes face à une véritable épidémie de violence envers les infrastructures médicales et le personnel de santé, comme je n’en avais jamais vu au cours de mes nombreuses années passées à travailler dans des zones de conflits. Et cette épidémie aux conséquences dévastatrices est contagieuse.
D’une guerre à l’autre, les belligérants reproduisent les mêmes tactiques, justifiant leurs attaques contre des hôpitaux en accusant leurs ennemis de cacher des armes ou des combattants dans ces structures, sans en donner la moindre preuve. Même des états dits « démocratiques » se permettent de fouler aux pieds le droit international humanitaire.
Le socle de notre humanité
Ces règles, établies après la Deuxième Guerre mondiale, sont le socle de notre humanité en temps de guerre. Au moment où les conflits se multiplient, y compris à nos frontières, ces lois, dont le droit des blessé·es et des malades à se faire soigner, doivent plus que jamais être défendues.
Pour protéger les médecins, infirmier·ères, ambulanciers à travers le monde, dont la vie est quotidiennement prise pour cible en tentant de sauver celle des autres. Pour protéger les patient.es, blessé.es, femmes enceintes, malades chroniques qui, pris au piège d’une violence qu’ils et elles n’ont pas choisie, ont désespérément besoin de soins. Mais aussi pour nous protéger tous et toutes à l’avenir. Si la guerre était un jour de nouveau à nos portes.
Le droit international humanitaire est gravement blessé. Ne détournons pas le regard. Réanimons-le, avant qu’il ne périsse définitivement.
Les équipes de Médecins du Monde sont actives dans plusieurs pays de la région : Liban, Palestine, Syrie, Yémen, Irak. Au Liban, Médecins du Monde est présente depuis les années 1990 et de manière continue depuis 2012. A la suite de la dernière escalade du conflit, les équipes ont renforcé leurs activités et soutiennent le ministère de la Santé libanais, notamment dans le déploiement de cliniques mobiles qui interviennent dans les centres d’accueil d’urgence pour les personnes déplacées à Beyrouth, Baalbek-Hermel et dans la vallée de la Bekaa.
(1) Selon l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS).
(2) Selon le ministère de la Santé à Gaza.
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