Droits en suspens, vies en jeu : parcours croisés de patient·es à l’antenne de soins de Namur

Hajer, Cissé* et Alain ne se connaissent pas. Pourtant, un jeudi matin en avril, ils se retrouvent tous les trois réunis à quelques mètres de la gare de Namur, devant les locaux du Relais Santé, où Médecins du Monde fournit des consultations médicales gratuites une fois par semaine.

Hajer, 29 ans, est tunisienne, étudiante en architecture transmédia. Cissé*, 34 ans, est guinéen ; sa demande d’asile en Belgique vient d’être rejetée. Alain, 46 ans, est belge et vit à la rue depuis quatre ans.

Hajer, Cissé et Alain viennent d’horizons complètement différents, mais ils ont une chose en commun : l’antenne de soins de Médecins du Monde est leur unique option pour accéder à une prise en charge médicale.

 

Cissé : Sous les radars

« J’ai un handicap à la main et des douleurs aux articulations, surtout au niveau du dos. Le médecin et l’infirmier m’ont prescrit des anti-douleurs. Avant que ma demande d’asile soit refusée, j’étais hébergé dans un centre de la Croix-Rouge où il y avait aussi un médecin. Mais j’ai dû quitter le centre il y a deux mois et maintenant je me retrouve sans rien, à part un ordre de quitter le territoire. Mais pour aller où ? », raconte Cissé qui a fui la Guinée en 2021.

Toute personne sans titre de séjour sur le territoire belge a théoriquement droit à l’aide médicale urgente mais la majorité des personnes sans papiers ne le savent pas. Elles ont également tendance à éviter de se rendre dans les services publics de peur d’être identifiées et préfèrent passer sous les radars. Par ailleurs, les démarches administratives pour l’obtenir peuvent aussi être complexes à comprendre et à réaliser quand on ne bénéficie pas d’un soutien spécifique. Résultat : 80 à 90% des personnes concernées par l’Aide Médicale Urgente n’y ont pas recours1.

Hajer : Sur le fil

« En Belgique, je suis toute seule pour assumer toutes mes dépenses. Je travaille au supermarché à côté de chez moi plusieurs heures par semaine, y compris si possible les jours fériés pour gagner plus. Mais les fins du mois restent toujours difficiles. Alors même si j’ai une mutuelle, je ne vais pas chez le médecin généralement car je n’ai pas les moyens de payer la différence à ma charge », explique Hajer qui souffre de douleurs aux reins.

Fin 2024, le gouvernement de la Fédération Wallonie Bruxelles a décidé d’augmenter le minerval des étudiants internationaux qui devront payer 1670 euros supplémentaires chaque année à partir de la rentrée 2026. Cette mesure risque d’aggraver sérieusement la précarité étudiante pour des jeunes comme Hajer qui n’arrivent déjà pas à joindre les deux bouts, et doivent chaque mois choisir entre se loger et se soigner.

Alain : Entre les mailles du filet

Alain, lui, a perdu son logement il y a bien longtemps. Mais il a surtout perdu bien plus que cela : « Je n’ai plus vu ma fille depuis quatre ans. C’est pour elle que je veux m’en sortir. Je viens régulièrement ici : on y trouve des soins quand on a besoin mais surtout quelqu’un à qui parler ; ça réconforte. La dernière fois que j’étais venu c’était à cause d’un abcès au bras. Le personnel m’a expliqué comment le soigner et j’ai pu avoir accès gratuitement au traitement à la pharmacie. »

Chaque citoyen et citoyenne belge doit pouvoir bénéficier de l’assurance obligatoire. Mais pour les personnes à la rue qui ont perdu la plupart de leurs papiers, il est souvent laborieux de faire valoir leurs droits. D’une difficulté à l’autre, elles se retrouvent alors à glisser entre les mailles du filet de la sécurité sociale et dépourvue de toute couverture médicale.

Dans l’attente de solutions durables

Il est déjà presque 12h, les consultations touchent à leur fin. Hajer, Cissé et Alain reprennent chacun le cours de leur vie. Si le but des équipes de Médecins du Monde est d’accompagner les personnes pour qu’elles recouvrent leurs droits et puissent réintégrer le système de santé traditionnel, ce n’est pas toujours possible immédiatement.

Hajer et Cissé se recroiseront peut-être dans les prochaines semaines dans la salle d’attente de l’antenne de soins de Médecins du Monde à Namur, le temps de trouver des solutions plus durables pour accéder à des soins.

Alain ne sera pas là : « J’ai obtenu une place en cure à partir de la semaine prochaine. J’y resterai deux mois et après je voudrais me former pour devenir chauffeur de bus, trouver un petit appartement et enfin revoir ma fille. »

 

* Nom d’emprunt

[1] Vers une réforme de l’accès aux soins de santé pour les les personnes en séjour irrégulier

 

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