Paroles du terrain: Marie-Lise, 27, Médibus Bruxelles

Médecins du Monde ne pourrait pas accomplir sa mission sans ses précieux·ses volontaires. C’est pourquoi ils et elles méritent d’être mis en lumière.

Quel a été ton premier contact avec Médecins du Monde ?

C’était dans le cadre de mon master à Maastricht en santé globale que j’ai entendu parler de Médecins du Monde qui y était présenté comme un des acteurs et défenseurs importants. Très vite, je suis devenue volontaire au Médibus de Médecins du Monde. Depuis un an et demi, je fais aussi un doctorat sur l’accessibilité aux soins à Anderlecht et à Tirlemont.

Etre volontaire me permet de traduire dans le cadre de ma thèse ce que j’observe au Médibus quant aux inégalités et obstacles de l’accès aux soins pour les personnes en situation de précarité à Bruxelles. Mon volontariat renforce mon travail de recherche que je ne conçois pas sans être en contact direct avec le terrain. 

Quand tu parles de ton volontariat autour de toi, qu’en dis-tu ?

Je dis que c’est une expérience humaine très forte. D’abord un travail d’équipe entre personnes positives, engagées et motivées qui sont toutes le temps d’une soirée volontaires pour Médecins du Monde et qui toutes témoignent d’une attention sincère et un véritable souci de l’autre. Il y a vraiment une bonne ambiance dans l’équipe. On se briefe avant la permanence, on se répartit les rôles pour le soir, et en fin de soirée on débriefe comment la permanence s’est déroulée. 

C’est fort aussi dans les échanges avec le public qui se présente à la permanence. Ce sont autant d’histoires que de personnes qui se présentent à nous. Souvent ce sont aussi des histoires de vie compliquées ou cassées. C’est dur. 

Parfois aussi nous sommes face à des demandes pour lesquelles nous ne pouvons pas aider, nous sommes sans pouvoir et nous risquons de décevoir les personnes en face de nous. Si nous ne pouvons pas tout changer, parfois un mot, une parole, c’est déjà un début de changement. Et ça aussi c’est fort. 

Parfois j’invite d’ailleurs mon entourage ne pas hésiter à franchir le pas et faire du volontariat auprès de Médecins du Monde, car cela donne aussi une image bien plus nuancée de la réalité que ce que les politiques ou les réseaux sociaux peuvent en dire.

Veux-tu nous partager une expérience de ton volontariat ?

Il y a un an à peu près, j’ai rencontré à une permanence un homme d’une trentaine d’année d’Europe de l’Est. Il venait parfois au Médibus. Il était plutôt réservé, un peu en retrait. Mais j’ai fini par engager la conversation avec lui. Il m’a raconté que son orientation sexuelle n’était pas acceptée dans sa communauté, dans sa culture, et qu’il avait dû fuir son pays. Il avait vécu à différents endroits, en situation de sans-abrisme, et était tombé dans une addiction à certaines substances. Il m’a dit qu’il essayait d’arrêter, parce qu’il sentait que son corps ne pouvait plus continuer. Je me souviens encore très bien de la manière dont il décrivait son corps : comme une machine qui pouvait s’arrêter à tout moment, parce qu’elle avait trop souffert. Il disait qu’il vivait au jour le jour, sans savoir s’il serait encore là le lendemain, et qu’il était en paix avec cela. 

Cette longue discussion ouverte et honnête a conduit naturellement à ce que l’on se présente l’un l’autre en échangeant tout simplement nos prénoms. Ce moment m’a fort touché, et je crois lui aussi : il me semble qu’il se « sentait vu » par ma question « comment vous appelez-vous ? ». 

Puis il est parti en me disant qu’il ne savait pas s’il serait encore là la prochaine fois, vu l’état fragile de son corps. J’étais fort troublée par sa situation : je me sentais un peu sans pouvoir face à une situation proche du désespoir. 

Mais quelques semaines plus tard, le même homme est repassé à une permanence, m’a reconnu tout sourire, m’a salué par mon prénom. Sa situation n’avait peut-être pas radicalement changé, mais je me dis que notre échange l’avait peut-être marqué lui aussi. Cela m’a un peu rassurée ou réconfortée. 

 

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