Impact des politiques régressives : “jusqu’à 55 millions de grossesses non planifiées supplémentaires d’ici 2030”
A l’occasion de la Journée Mondiale de la Santé Sexuelle, célébrée le 4 septembre, Médecins du Monde alerte sur la politisation croissante de la santé et des droits sexuels et reproductifs. ‘Les mouvements anti-droits et politiques régressives qui émergent aux quatre coins du monde entrainent un sous-financement dangereux des programmes de santé sexuelle et reproductive’ selon l’organisation. ‘Cette situation met en péril la vie de millions de personnes, en particulier des femmes et jeunes filles’.
Tandis que les besoins humanitaires atteignent des niveaux sans précédent, les financements humanitaires, eux, ne cessent de s’amenuiser sur fond de coupes budgétaires drastiques du côté américain mais aussi d’autres donateurs traditionnels, y compris au sein de l’Union Européenne. A l’heure des arbitrages financiers, la santé et les droits sexuels et reproductifs sont souvent les premiers à passer à la trappe, précisément au moment où ils sont le plus nécessaires.
« La santé et les droits sexuels et reproductifs sont de plus en plus remis en cause, y compris dans les discours politiques, ce qui les rend particulièrement vulnérables lorsque les gouvernements sont sous pression pour justifier les dépenses d'aide internationale », s’inquiète Ana Urrutia Enciso, référente plaidoyer international pour Médecins du Monde.
Augmentation des risques pour les femmes et les filles
Les crises humanitaires aggravent les vulnérabilités préexistantes et creusent les inégalités, avec des impacts profondément marqués par le genre notamment. Les équipes de Médecins du Monde le constatent à Gaza, en République démocratique du Congo ou encore en Ukraine : lorsque les établissements de santé sont endommagés ou détruits, les chaînes d'approvisionnement interrompues et le personnel de santé déplacé, les risques pour les femmes et les filles augmentent.
« Les femmes et les filles continuent de tomber enceintes et de donner naissance dans des conditions parfois extrêmes. Les violences sexuelles et basées sur le genre, quant à elles, connaissent souvent une forte hausse. Et les survivant·es ont besoin de soins médicaux immédiats, d'un soutien psychologique et d'un accès à la justice », explique Stefania Paracchini, référente en santé sexuelle et reproductive pour Médecins du Monde.
« Quand des services tels que l’accès aux soins maternels, la planification familiale, l’interruption volontaire de grossesse s'effondrent, les conséquences sont immédiates : propagation des infections sexuellement transmissibles, hausse des décès maternels et néonatals, augmentation des grossesses non désirées et des avortements non sécurisés », avertit Stefania Paracchini, experte Santé sexuelle et reproductive Médecins du Monde.
Jusqu’à 55 millions de grossesses non planifiées supplémentaires d’ici 2030
La suspension d’une partie importante des financements américains et les réductions de l'aide au développement de plusieurs bailleurs occidentaux, notamment parmi les Etats membres de l’UE, ont déjà entraîné des pénuries de contraceptifs et de traitements contre le VIH, tandis que des établissements de santé ont été contraints de réduire ou de fermer des services1.
“Alors que certains pays font face à des pénuries de méthodes contraceptives, en Belgique, des contraceptifs, d’une valeur estimée de 10 millions de dollars et destinés à 1.4 millions de personnes dans des pays en crise, périment lentement dans des containers. Ce blocage, fruit d’une décision délibérée de l’administration américaine, perdure depuis près de deux ans sur fond d’immobilisme politique général des autorités belges et européennes”, s’indigne Ana Urrutia Enciso, référente Plaidoyer international pour Médecins du Monde.
Un arrêt complet du financement américain pourrait, par ailleurs, d'ici 2030, entraîner 40 à 55 millions de grossesses non planifiées supplémentaires et 12 à 16 millions d'avortements non sécurisés en plus dans 51 pays2.
À peine 2% dédiés à la santé sexuelle et reproductive
Les investissements en santé sexuelle et reproductive ne sont pas seulement nécessaires en temps de crises mais aussi bénéfiques à long terme. “Ils aident à prévenir des complications de santé évitables, réduisent les besoins humanitaires futurs et renforcent la capacité des communautés à résister aux crises et à s'en relever », souligne Ana Urrutia Enciso.
Malgré des engagements clairs de l’UE – du moins sur papier – en faveur de la santé et des droits sexuels et reproductifs3, les niveaux de financements sont loin de suivre les ambitions politiques affichées. En 2024, seuls 2% de l'aide publique au développement des institutions de l'UE et de ses États membres ont été consacrés à la santé et aux droits sexuels et reproductifs4.
« La santé et les droits sexuels et reproductifs sont trop souvent considérés comme un « bonus » de la réponse humanitaire. Or, c'est une condition préalable à la (sur)vie, à la dignité, à l'égalité et à un développement durable pour tous et toutes. Et le choix politique d’investir dans ce secteur a des conséquences vitales pour des millions de personnes », conclut Ana Urrutia Enciso.
Dans le cadre de sa campagne « Elles le feront quand même », Médecins du Monde appelle l'UE et ses Etats membres, notamment la Belgique, à prendre leurs responsabilités pour défendre la santé et les droits sexuels et reproductifs, et concrétiser leurs engagements politiques à travers un réel leadership financier et diplomatique, à contre-courant des discours anti-droits et politiques régressives observés à l’heure actuelle.
[1] Global Health after USAID cuts – The Lancet
[3] Stratégie mondiale de santé, Plan d'action pour l'égalité des genres III, Plan d'action pour la jeunesse, Initiative SHIELD (Santé et droits sexuels et reproductifs dans les situations d'urgence et vie dans la dignité), etc.

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