Des épreuves qui pèsent lourd sur la santé mentale des personnes migrantes : Médecins du Monde a lancé ‘Migration in Mind’
Un nouveau projet améliore l’accès aux soins de santé mentale et leur qualité pour les personnes migrantes. Les personnes migrantes qui arrivent en Europe sont confrontées, tout au long de leur parcours et à leur arrivée, à de la violence, de la discrimination et à des évènements traumatisants. Ce stress et cette incertitude ont un impact considérable sur leur santé mentale. Afin de venir en aide à ces personnes, Médecins du Monde a lancé, avec le soutien de l’Union européenne et en collaboration avec quatre organisation partenaires, ‘Migration in Mind’, un projet visant à fournir des soins de santé mentale accessibles et de qualité en Belgique, en Espagne, en Croatie et en Slovaquie.
Dans quelle mesure les personnes migrantes sont plus affectées au niveau de leur santé mentale ?
La vulnérabilité des personnes migrantes s’explique par le parcours et les épreuves qu’elles subissent. D’une part, le contexte de vie et les épreuves qu’elles traversent dans leur pays d’origine peuvent être très lourds: guerre, conflits, violences sexuelles, pauvreté extrême, régimes politiques autoritaires ou corrompus. Décider de partir, de s’échapper, demander une grande force.
D’autre part, elles sont confrontées à des atrocités le long de leur parcours migratoire : exploitation par les passeurs, faim, absence de logement, violences aux frontières, traversées du désert ou de la mer extrêmement dangereuses. Ces épreuves alourdissent fortement le fardeau psychologique.
Enfin, il y a les conditions auxquelles elles doivent faire face dans leur pays d’arrivée. En Belgique, par exemple, depuis trois ans, les personnes migrantes dorment dehors, comme celles que nous rencontrons, originaires de Gaza ou d’Afghanistan. Elles sont résilientes, mais pas inébranlables. Elles doivent trouver un logement, faire face aux barrières administratives, subir la discrimination et le manque d’accompagnement juridique. Des épreuves qui pèsent lourd sur la santé mentale de ces personnes.
Quels sont les chiffres à ce propos ?
Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), les personnes migrantes présentent un risque nettement plus élevé de troubles de la santé mentale. Ainsi, la prévalence de la dépression peut atteindre 44 % au sein de cette population, contre environ 12 % au sein de la population générale. Les personnes que nous rencontrons présentent aussi fréquemment troubles du sommeil, du stress et des troubles anxieux.
Peuvent-elles consulter un ‘psy’ ?
Ce n’est pas si simple. L’accès aux soins de santé mentale est extrêmement compliqué pour les personnes migrantes. En Belgique, de base, il est déjà compliqué d’obtenir un RDV chez un professionnel en santé mentale (thérapeute, etc.). Pour des personnes migrantes, c’est le parcours du combattant. Elles ne parlent pas la langue, ne connaissent pas le système de soins, n’ont pas de moyens, ne trouvent pas les thérapeutes. A cela s’ajoutent des barrières culturelles : dans de nombreuses cultures, on ne parle pas ouvertement d’émotions ou de problèmes de santé. Cela accentue l’isolement social. Enfin, nous constatons que les professionnels de la santé mentale ont parfois plus de réticences à travailler avec ces personnes. Elles estiment ne pas être assez outillées pour offrir un accompagnement adapté (manque de temps, de formations adaptées à tous publics, de ressources – comme des interprètes, disponibles).
L’apport du projet ‘Migration in Mind’ ?
Ce projet vise à améliorer l’accès et la qualité des soins en santé mentale pour les personnes migrantes. Nous développons des outils destinés aux personnes souffrant de troubles en santé mentale et à celles qui les accompagnent, organisons des formations pour les professionnels, et élaborons des boîtes à outils leur permettant d’adapter leurs services. Enfin, nous mettons en place des activités individuelles, collectives et communautaires dans les quatre pays.
Qu’est-ce qui est visé ?
Nous plaçons les personnes migrantes au centre, elles sont le moteur. 1000 personnes sont impliquées dans des séances de groupe, des consultations individuelles et des activités diverses. Grâce à leurs retours, nous améliorons ensuite nos outils, nos formations et supports. Nous travaillons avec des thérapeutes, mais aussi avec les personnes qui sont le premier point de contact : agents d’accueil, bénévoles, travailleurs sociaux. Nous améliorons leurs compétences en terme d’aide psychosociale de première ligne.
Votre appel auprès des décideurs nationaux ?
Nous demandons un accueil digne et un meilleur accès aux soins de santé mentale pour chaque personne migrante. Nous appelons aussi les décideurs à rendre les services de santé mentale plus accessibles aux personnes migrantes. Ces services doivent être adaptés aux différences culturelles, et les professionnels (psychologues, médecins, psychiatres, etc.) doivent être formés en conséquences, et accompagnés par des interprètes et de médiateurs.
Nous appelons également les universités et les hautes écoles à intégrer, dans la formation des (futurs) professionnels de la santé, une approche sensible aux différences culturelles dans l’accompagnement des personnes migrantes.
Pour nous, la santé mentale est un droit fondamental, pas un luxe. C’est une question d’humanité et d’intégration. Accorder davantage d’attention à la santé mentale des personnes migrantes facilite leur intégration et renforce leur résilience. Tout le monde en ressort gagnant », conclut Nele Roppe.
Lire plus sur le projet Migration in Mind
Avec le soutien de European Health and Digital Executive Agency (HADEA) et le programme EU4Health.

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