Témoignage de notre collègue de Médecins du Monde à Dnipro : « Ces trois derniers mois ont été les plus durs de ma vie »
En Ukraine, les frappes aériennes russes ont pris une nouvelle dimension. Alors qu'elles visaient auparavant les infrastructures critiques, les attaques massives de drones et de missiles ciblent désormais de plus en plus souvent des bâtiments historiques. Eldar Hasanov travaille pour Médecins du Monde. Il nous livre un aperçu de la vie quotidienne à Dnipro, l'un des nombreux endroits sur la ligne de front où Médecins du Monde est active pour apporter une aide médicale, psychologique et matérielle aux Ukrainien·nes.
« Après un hiver particulièrement éprouvant, nous constatons un changement flagrant de stratégie. Au début, l'objectif était surtout de terroriser la population en ciblant les centrales électriques pour nous priver de nos besoins fondamentaux. Avec le retour des beaux jours, les gens ont moins besoin d'électricité pour le chauffage, ce qui rend ces attaques moins efficaces.
À la place, nous observons une multiplication des frappes sur des installations civiles et logistiques. La semaine dernière encore, une attaque massive a touché les entrepôts d'une entreprise postale, une ancienne église convertie en salle de concert et un monastère inscrit au patrimoine mondial. Ces assauts combinés, mêlant drones et missiles, surviennent désormais de jour comme de nuit.
Ces trois derniers mois ont été parmi les plus durs de ma vie. Je ne me souviens pas d'avoir connu une telle intensité d'attaques.
- Eldar Hasanov, travailleur humanitaire à Dnipro

Rares sont les jours sans bombardements. Imaginez entendre des explosions toutes les 30 minutes. Il n'est pas nécessaire de décrire l'état psychologique dans lequel se trouvent les Ukrainiens et Ukrainiennes. La santé mentale est devenue un enjeu gigantesque, mais il n'y a malheureusement que très peu de temps ou d'opportunités pour décompresser et prendre soin de soi.
Le 2 juin, plusieurs frappes aériennes ont eu lieu. L'une d'elles a touché un immeuble résidentiel, tuant vingt personnes et en blessant de nombreuses autres. Je pourrais énumérer d'innombrables dates et victimes — des chiffres qui cachent des tragédies humaines et la perte douloureuse de pères, de mères, de grands-parents ou de nourrissons de quelques mois à peine.
« À quand mon tour ? »
Le véritable calvaire, c'est de ne jamais savoir quand cela va vous tomber dessus. Quand on travaille la journée, il est indispensable de rester connecté. Après chaque alerte, il faut immédiatement appeler toute sa famille pour s'assurer que tout le monde est sain et sauf. La nuit, il arrive qu'on n'entende pas la sirène et qu'on ne descende pas dans l'abri, se mettant ainsi en danger. Et si l'on se réveille presque chaque nuit pour rejoindre les abris, le manque de sommeil devient chronique. Car le matin, il faut tout de même se lever tôt, préparer le petit-déjeuner de son enfant, aller travailler et tenter, tant bien que mal, de tenir le coup. »
Malgré le poids écrasant de la guerre, les équipes de Médecins du Monde se mobilisent chaque jour pour soutenir la santé physique et mentale de leurs concitoyens et concitoyennes. Nous appuyons plusieurs centres de santé et nous nous rendons avec des équipes mobiles dans les villages isolés sur la ligne de front.
En savoir plus sur nos opérations en Ukraine : Médecins du Monde assure 5 000 consultations par mois dans les zones de guerre ukrainienne
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