Centre de jour Jacques Brel: une pause dans la galère de la rue

Médecins du Monde accueille chaque jour entre 140 et 145 personnes au centre Jacques Brel. Dans cette auberge de jeunesse bruxelloise, convertie temporairement en centre de jour pour personnes sans-abri, une quarantaine de bénévoles s’active à 15 postes différents, depuis le 10 avril. 

Ce sont des hommes en majorité (91%), dont 79% sont déjà des ‘habitués’ venus au moins une fois précédemment. Ils sont surtout originaires du Maroc, de la Bulgarie, de l’Erythrée ou de Belgique, même si beaucoup d’autres nationalités sont aussi représentées.

Je n’ai pas peur du virus

Olivier, 51 ans fréquente les centres d’accueil depuis des années. ‘J’en ai fait au moins une quinzaine. Mais à chaque fois, je suis éjecté à cause de mon problème d’alcool.’ explique-t-il.

Du fait de sa dépendance à l’alcool, Olivier a perdu son travail, puis est devenu chômeur. Très vite, il a perdu pied, il n’arrivait plus à payer son loyer. ‘C’est comme ça que j’ai atterri dans la rue. Et vu que je n’avais plus de logement, je n’ai plus eu droit au chômage car je n’avais plus d’adresse. Je dépends donc aujourd’hui du CPAS.’

Le centre Jacques Brel est un havre de paix dans son quotidien. Il y vient pour se reposer à l’abri, pour pouvoir prendre une douche et un repas. ‘Je n’aime pas du tout l’ambiance du confinement parce que tout est mort en rue. Mais je n’ai pas peur du virus. Le gouvernement exagère.’

Au centre Jacques Brel, 75% des personnes viennent pour un repas, 41% pour une douche et 28% pour une sieste. Quant au service de lessive, opérationnel 3 fois par semaine, depuis le 1er mai, il intéresse 3% des personnes.

‘Depuis l’ouverture du centre (10 avril), nous avons servi 2.193 repas, offert 828 siestes et 1.195 douches. Or, nous ne pouvons proposer que 70 douches quotidiennement, et nous devons refuser des personnes tous les jours (environ 10%). Nous les envoyons alors vers des organisations partenaires comme Hobo ou Doucheflux, selon le lieu qui est le plus facile d’accès pour eux’ explique Maïté Machado, responsable de l’accueil.  

Massimo vient au centre tous les jours. Mais aujourd’hui, pas de chance : il fait partie de ceux qui ne pourront pas prendre de douche ici.

Au Maroc, il a obtenu un BAC+2 et a fait des études de pâtisserie. A 37 ans, il est venu en Europe car il espérait voir sa vie s’améliorer. Récemment, on lui a volé toutes ses affaires et il ne possède plus qu’un petit sac de courses en plastique. ‘Cela fait un mois et demi que je suis arrivé en Belgique, juste avant le confinement. Au début, je logeais dans des hôtels à 80€ la nuit. Aujourd’hui, je ne peux plus me le permettre. Je n’ai plus d’argent. Et, surtout, à cause du confinement, tous les hôtels sont fermés. Je dors à gauche, à droite, un de mes amis m’a montré des endroits où dormir.’

Recrutée par zoom

Ancienne bénévole chez MSF, on croise aussi Irène qui avait envie d’aider des personnes vulnérables en cette période spéciale. ‘J’ai été recrutée comme bénévole pour Médecins du Monde par zoom (plateforme de réunions en ligne) (sourire) et j’ai pu commencer très vite à travailler, après cette interview et quelques vérifications. Je suis venue tous les jours au centre la semaine dernière. Dorénavant, je viendrai 2 ou 3 fois par semaine, les semaines où mes enfants ne sont pas chez moi.’

Irène travaille au réfectoire et à la cuisine : il y a deux services et ensuite, la possibilité de prendre un café, un thé, un biscuit.

‘Il faut nettoyer les tables, faire chauffer la nourriture, la distribuer mais aussi faire respecter la distanciation sociale aux bénéficiaires. Dans le réfectoire, ils et elles doivent se mettre à un.e par table et tou.te.s dans la même direction, pour éviter une éventuelle contamination.

Sa motivation ? La richesse des contacts sociaux qu’elle a créés au centre : ‘Les profils des personnes sont très variés, il y a des personnes migrantes, des belges qui ont perdu leur travail, etc. C’est vraiment très enrichissant de prendre le temps de parler avec elles et eux. Ils et elles me demandent d’ailleurs souvent s’ils peuvent aider. La semaine dernière, un des bénéficiaires était en vidéo conférence avec sa famille au Maroc et m’ a demandé de venir sur la vidéo, ça m’a beaucoup touchée.‘

Au centre Jacques Brel, entre les bénéficiaires qui veulent aider pour rendre ce qu’on leur donne et les bénévoles qui s’investissent à fond, la solidarité prend toutes les formes. Voici Jean-François, Jérémy et Fred des Souliers du Cœur, une asbl qui regroupe des joueurs de football solidaires. Ils sont venus offrir 300 masques et 10 litres de gel hydro-alcoolique à Médecins du Monde, un geste parmi d’autres car ils aident pas moins de 40 associations.

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