Notre bénévole Dr. Christine aide les femmes anversoises

« Pour certaines femmes, la contraception est un luxe qu’elles ne peuvent pas se permettre. »

6.000-12.500
personnes vivant à Anvers seraient sans-papiers et privées d’accès aux soins de santé
74%
sont sans-abri ou n’ont aucune sécurité d’hébergement
67%
n’ont pas accès à la contraception

Le 8 mars, nous fêtons la Journée internationale des droits des femmes. Une journée où les soins de santé sexuelle devraient être accessibles à toutes. Or, c’est malheureusement encore un luxe et certaines femmes n’y ont pas accès. Même à Anvers.

 C'est le cas par exemple, de Lylian. Faute d’argent, elle ne prenait pas la pilule et est donc, un jour, tombée enceinte. Pendant sa grossesse, elle n’a pas eu accès aux consultations prénatales et aux échographies. Elle a finalement atterri aux urgences et elle a perdu son bébé. Et comme si cela ne suffisait pas, l’hôpital lui a réclamé 3000 euros, car sa demande de garantie d’accès aux soins lui avait été refusée.

Mercredi après-midi, dans le centre de soins de Médecins du Monde à Anvers : Christine, médecin bénévole de 65 ans, vient de commencer sa consultation hebdomadaire de santé sexuelle. Le centre de soins et la doctoresse accueillent les « Femme ‘sans’ » : sans-papiers, sans revenus et sans accès aux soins (de santé sexuelle).

Santé sexuelle

C’est pour aider ces femmes que Médecins du Monde a lancé le projet de soins de santé sexuelle. Il peut accueillir chaque semaine 7 femmes et tout le monde se presse aux consultations. Les besoins sont en effet considérables : « Les femmes qui viennent ici peuvent bénéficier gratuitement de différents types de soins de santé sexuelle », explique Christine. « Nous avons des stocks de pilules contraceptives, nous effectuons des frottis et nous réalisons des tests de dépistage du VIH et d’autres IST. Lorsque des soins plus spécialisés sont nécessaires – une échographie ou une mammographie par exemple –, je peux accompagner moi-même mes patientes au GasthuisZusters, un hôpital partenaire qui dispense gratuitement des soins spécialisés aux patientes de Médecins du Monde. »

Contraception

Myriam vient d’entrer dans le cabinet médical. Elle vient aux consultations depuis 2009. A cette époque, elle était enceinte et morte d’inquiétude, car son bébé ne bougeait plus. « Comme je n’étais pas inscrite à la mutuelle, je ne pouvais pas aller faire une écho à l’hôpital. Je me suis confiée à une amie du parc, qui m’a parlé de Médecins du Monde. Elle m’a expliqué que l’organisation venait en aide aux femmes dont ‘personne ne voulait’, ce qui était effectivement mon cas. J’ai été frapper à leur porte et j’ai été aidée pendant toute ma grossesse. Et le mois dernier, mon fils a fêté ses 10 ans. »

Depuis lors, Myriam se rend au centre de soins quand elle a besoin de contraceptifs. Christine va dans la pharmacie du centre et revient avec 3 plaquettes de pilules pour trois mois de rapports sexuels sans risque de grossesse. « Nous posons aussi gratuitement des stérilets », poursuit Christine, « mais comme Myriam a des règles douloureuses, la pilule est davantage indiquée. » La doctoresse consulte le dossier médical de la patiente : « Votre dernier test de dépistage du cancer du col de l’utérus remonte à 3 ans. Je vais profiter de votre présence ici pour faire un frottis. » Et les deux femmes disparaissent dans la salle d’examen.

Anvers, une ville vraiment ouverte à tous ?

« En réalité, nous remédions ici aux manquements des autorités locales anversoises, » explique Alexis Andries, coordinateur des projets anversois. « Légalement, nos patients ont accès aux soins de santé, par le biais d’une procédure au niveau du CPAS. Mais en pratique, cette procédure s’apparente à un épuisant parcours d’obstacles à l’issue incertaine, tant les conditions sont contradictoires. « Le CPAS d’Anvers impose par exemple une ‘visite à domicile’ dans le cadre de sa procédure standard. Or, beaucoup de nos patients sont sans-abri : allez donc organiser une visite à domicile lorsque le patient dort sur un banc dans un parc. Dans le meilleur des cas, ils sont hébergés clandestinement chez des ‘bailleurs’, qui s’opposent à toute visite à domicile. Nos patientes ont donc déjà perdu la partie avant même d’avoir introduit une demande d’accès aux soins. »

En outre, le CPAS demande à ces femmes sans-papiers toute une série de… papiers : des factures, une preuve de non-endettement et des documents d’identité avec photo. « Or, nos patientes n’ont généralement pas de documents d’identité ou ne sont pas en mesure de prouver qu’elles n’ont pas de dettes. En raison des exigences de la procédure, la demande de soins n’aboutit très souvent pas. »

A cela s’ajoute les délais d’attente parfois extrêmement longs. « Après l’introduction d’une demande de soins, il n’est pas rare de devoir attendre quelques semaines pour avoir la réponse. Or, certaines maladies nécessitent un traitement immédiat. En cas d’infection urinaire, le traitement doit être instauré sur-le-champ et non dans les trois semaines, lorsque l’infection s’est déjà propagée aux reins. Et même en cas de réponse favorable, l’accès aux soins n’est souvent accordé que pour une période limitée. Cet accès provisoire aux soins est une ineptie sur le plan médical, notamment en cas de pathologie chronique, pour les femmes séropositives, par exemple. »

Légalement, nos patients ont accès aux soins de santé. Mais en pratique, cette procédure s’apparente à un épuisant parcours d’obstacles à l’issue incertaine

Médecins du Monde comme dernier recours

Conséquence logique de cette situation, seulement 20 % environ des « Femmes ‘sans’ » introduisent une demande de soins. Et dans la moitié des cas, la demande sera refusée à Anvers : « Il s’agit là d’un pourcentage extrêmement élevé par rapport à d’autres villes », déplore Alexis. « Voilà pourquoi Médecins du Monde est souvent le dernier recours pour ces femmes exclues des soins de santé. »

Chris s’apprête entre-temps à terminer ses consultations lorsqu’une femme se présente. Elle a du mal à respirer et transpire. « Forte fièvre et infection pelvienne » : tel est le diagnostic que Chris pose après l’examen. La femme, une Bulgare, fond en larmes : le problème n’est pas seulement la fièvre et l’infection, elle n’a surtout aucun endroit où dormir ce soir avec son petit garçon. Le problème se résout pourtant rapidement, comme par magie. Chris appelle Loranci, l’assistante sociale, qui mobilise ses collègues et le directeur. Pendant une heure, les appels téléphoniques se succèdent auprès de tous les centres d’accueil et de crise d’Anvers. La réponse positive que tout le monde espérait tombe enfin : un des centres d’hébergement d’hiver a encore une chambre libre. Lorsque Chris annonce la bonne nouvelle à sa patiente, elle pousse un soupir de soulagement. Dans les jours qui viennent, son fils ne devra plus dormir dans la rue. Elle non plus, et elle pourra pendant ce temps-là commencer à se soigner avec les antibiotiques. D’ici mercredi prochain, elle sera donc à nouveau sur pied.

De manière pratique : les femmes anversoises qui n’ont pas accès aux soins peuvent venir chez nous pour:

  • Contraception : Médecins du Monde fournit des pilules et pose des stérilets en cuivre gratuitement.
  • Dépistage VIH et IST : Médecins du Monde réalise les tests gratuitement et offre un accompagnement aux patientes séropositives.
  • Dépistage du cancer du col de l’utérus : nous réalisons les frottis gratuitement.
  • Consultations pré- et postnatales : pour les femmes enceintes qui souhaitent garder leur bébé.
  • Interruption de grossesse : nous aidons aussi les femmes enceintes qui ne sont pas prêtes à accueillir un enfant. Chaque femme a le droit de disposer de son corps.
  • Aide administrative : nos assistants sociaux mettent tout en œuvre pour régulariser la situation de nos patientes auprès des autorités locales et leur garantir ainsi l’accès aux soins.
  • Accompagnement et transfert vers des spécialistes des hôpitaux de GasthuisZusters lorsque l’état de santé exige des soins spécialisés

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