Belgique

Files devant le Petit Château: des centaines de personnes exposées à la canicule, sans accès à l'eau, ni même à des toilettes

Sous un soleil de plomb, les files d’attente à l’extérieur du petit château ne diminuent pas : à gauche celle des hommes isolés et à droites celle des personnes vulnérables (mineurs non-accompagné.e.s, personnes porteuses de handicap, familles et femmes). Médecins du Monde y dénombre entre 120 et 150 personnes présentes chaque matin (semaine du 8 août). A bout de nerfs, devant une porte qui ne laisse entrer les personnes qu’au compte-gouttes, elles sont forcées nuit après nuit de dormir dans la rue. Parfois même encore, lorsqu’elles obtiennent (enfin) un rendez-vous, faute de place d’hébergement.

Besoins primaires déniés

Rien n’a été prévu par FEDASIL pour la prise en charge des besoins primaires des personnes qui attendent durant des jours et des nuits devant leurs portes. Ni accès à l’eau (une fontaine installée fin juillet a fonctionné plusieurs jours et a été retirée), ni repas chauds, ni douches, ni toilettes décentes. Seuls deux urinoirs publics se trouvent un pâté de maison plus loin. Il n’y a pas d’installations sanitaires accessibles aux femmes -dont certaines sont indisposées, incontinentes ou enceintes- ni aux enfants.
 
Anitha, Anitha Kangana (Medical Focal Point DHU & équipes mobiles Bruxelles) :
‘Un homme qui se trouvait dans la file devant le petit château devait d’urgence aller à selle. Les travailleurs de FEDASIL ont refusé de le laisser rentrer sans l’accord de leur hiérarchie, pour qu’il puisse se soulager. Ils lui ont proposé de se rendre aux toilettes publiques payantes de la Place Sainte Catherine, située à … 11 minutes à pied. Finalement, nous avons pu trouver un accord avec le personnel du seul bar du quartier qui a finalement accepté de le laisser utiliser ses sanitaires.’

Pas de suivi médical possible dans la rue

La santé physique et mentale des personnes, qui demandent -et ont droit- à la protection internationale, est directement impactée par le manque chronique de place d’hébergement et d’accueil.
Ainsi, lors de nos visites sur le terrain, Médecins du Monde ainsi que toutes les organisations présentes sur place, sont désemparées face au désespoir des personnes et au sentiment d’injustice dont elles se sentent victimes. Même si celles ‘en groupe’ semblent mieux armées pour faire face à la situation, on observe toujours du stress lié à la vie en rue et au manque de perspective d’avenir. Dans certains cas, on voit des personnes devenues apathiques, comme si elles avaient baissé les bras. Et qu’il s’agisse de santé physique ou mentale, dans ce contexte, nos équipes sont dans l’incapacité de faire un suivi médical ou psychologique.

‘Le manque d’hygiène et d’accès à des sanitaires et à des douches, l’impossibilité de faire une lessive, nous empêche par exemple de traiter efficacement des problèmes dermatologiques comme la gale. Nous avons constaté plusieurs cas lors de notre dernière visite de terrain. Autre exemple : un jeune homme souffrant d’une ancienne fracture à la main et qui a des problèmes de prothèse devrait bénéficier d’un suivi orthopédique’ explique Maïté Montuir, responsable des projets équipes mobiles à Bruxelles.
 
Face à cette situation humanitaire déplorable, les associations1 orientent les personnes vers le Hub humanitaire2 qui dispose d’un centre de jour, de sanitaires, distribue des repas chauds et offres des services spécialisés. Mais les capacités du Hub ne sont pas illimitées et celui-ci a vu sa fréquentation sensiblement augmenter ces dernières semaines. Au niveau des consultations médicales offertes par Médecins de Monde par exemple, les personnes en attente d’une place dans un centre d’accueil pour demandeurs de protection internationale représentent aujourd’hui environ 90% de la patientèle vue par les équipes.

Médecins du Monde dénonce une situation humanitaire inacceptable et demande que des mesures urgentes soient prises sans tarder, pour répondre aux besoins essentiels des personnes désireuses d’introduire une demande de protection internationale.

Les capacités d’accueil et d’hébergement doivent par ailleurs être renforcées dans les plus brefs délais, pour que les files d’attente se résorbent le plus rapidement possible.

En réponse à cette crise, la secrétaire d'État à l'Asile et à la Migration, Nicole de Moor, a entretemps annoncé qu’à partir du lundi 29 août, le centre de demande d'asile déménagera temporairement vers les bureaux du service de l'immigration. Le Petit Château sera toujours utilisé comme centre d'accueil.

1Les associations Amitié Sans Frontières, Serve the City et Les Cuistots Solidaires se relaient pour assurer une présence 7 jours sur 7 tous les matins devant les files du petit Château.
2Le Hub humanitaire offre des services aux personnes migrantes et en situation d’errance à Bruxelles et regroupe 5 associations: Médecins du Monde, Médecins Sans Frontières, SOS Jeunes/Quartier libre AMO, Plateforme citoyenne/BxlRefugees et la Croix-Rouge de Belgique.

 

1212 AERF

 

Médecins du Monde est membre du Consortium 12-12 et de l'AERF.

Contactez-nous

Médecins du Monde

Faites un don : BE26 0000 0000 2929


Rue Botanique 75, 1210 Bruxelles
Tél : +32 (0) 2 225 43 00
info@medecinsdumonde.be

TVA: BE 0460.162.753