Belgique
Personnes en marge de la société

Accès aux soins alarmant pour les exclus de l' Europe

Médecins du Monde présente aujourd’hui le rapport de l’Observatoire européen sur l’accès aux soins des laissés-pour-compte des systèmes de santé européens. Ce rapport est un état des lieux des conditions de vie des personnes les plus vulnérables et ‘invisibles’, de leurs états de santé et de leur accès aux soins. Il s’agit de personnes vivant dans une grande précarité, n’ayant pas de logement, de personnes migrantes sans papiers, de citoyens européens particulièrement démunis et de mineurs non-accompagnés. En Belgique, 6.586 personnes ont été interrogées à Bruxelles et à Anvers.

“Ce rapport donne une voix aux personnes qui ne sont pas prises en compte par les statistiques nationales et européennes officielles : des personnes sans-abri, qui n’ont pas de papiers et pas accès aux systèmes de soins nationaux.” explique Pierre Verbeeren, directeur de Médecins du Monde Belgique 

29.359 personnes dans 7 pays européens différents ont été interrogées. Chacune d’entre elle a été en contact avec une équipe mobile ou un centre de soins de Médecins du Monde.

-       Les répondants sont ‘nationaux’ (2,5%), citoyens européens (16%) et personnes migrantes hors UE (81,6%)

-       Presque 8% des personnes étaient mineures

-       92,6% vit dans la pauvreté et 78,6% est sans-abri, que ce soit dans la rue, dans un centre d’accueil, dans un squat ou chez des amis. 31% des 15-19 ans vivent dans la rue.

Les exclus hors des radars européens

En 2017, l’UE a fait un pas en avant important pour renforcer les droits sociaux. Le Socle européen des droits sociaux stipulait que « Toute personne a le droit d’accéder, à des prix abordables et dans des délais raisonnables, à des soins préventifs et curatifs de qualité »  (article 16)

82% sans accès aux soins

L’écrasante majorité des personnes vues dans les consultations de Médecins du Monde ne bénéficiaient pas d’une couverture de santé. : 81.7% des personnes ont déclaré ne pas avoir de couverture santé lorsque nous les avons rencontrés.

28% des personnes ont déclaré être en 'mauvaise' ou 'très mauvaise' santé, ce qui est frappant étant donné l’âge médian de 34 ans.

Sur la question des entraves à l’accès aux soins, 20.8% des réponses signalaient des «obstacles économiques»  et 14.3% des réponses indiquaient que la personne n’avait pas tenté d’accéder aux systèmes de soins par manque de connaissance en matière du système médical et des droits des patient.e.s.

Ce rapport montre aussi que l’UE ne dispose pas d’un instrument adéquat pour prendre la mesure de l’ampleur du problème. En effet, les étranger.ère.s non documenté.e.s, les personnes en situation de rue et les enfants de moins de 16 ans ne sont pas représenté.e.s sur le tableau de bord social et n’entrent donc pas en ligne de compte dans l’évaluation du respect de l’article 16 du Socle Social de l’UE.

Situation de rue et santé 

L’état de santé physique des personnes vivant dans la rue a été qualifié de 'mauvais' ou 'très mauvais' par 39.0% et leur état de santé mentale a été qualifiée de 'mauvaise' ou 'très mauvaise' par 40.7% d’entre elles. Un score plus mauvais que pour les personnes ayant indiqué qu’elles vivaient dans un logement personnel.

Les personnes sans-abri affirment par ailleurs pouvoir moins compter sur un soutien ou réconfort en cas de besoin : 35,8% d’entre elles affirment ne pouvoir compter sur personne contre 9% pour les personnes disposant d’un logement.

Femmes enceintes sans soins prénatals 

Médecins du Monde a soigné des patient.e.s atteint.e.s de maladies courantes, aigues et chroniques diverses, dont des femmes enceintes. Sur les 639 femmes enceintes, seules 3 sur 5 avaient eu accès à aucune consultation prénatale et 32% qui étaient entre le 2e et 3e trimestre de leur grossesse, n’avaient encore eu aucun contrôle prénatal.

Enfants non-vaccinés

Parmi les personnes rencontrées informées sur leur situation vaccinale, seules 34% étaient vaccinées contre le tétanos, 29% contre la coqueluche et 29,2% contre la rougeole. “Ce n’est pas seulement une question de santé publique pour l’ensemble de la population, mais cela crée aussi une rupture entre les enfants précarisés, non-vaccinés et les enfants nantis et vaccinés… .” selon Pierre Verbeeren.

“Quel que soit le profil et l’origine de nos patient.e.s, tous.toutes vivent dans des conditions extrêmes. Ils s’adressent à nous en dernier recours, après avoir été rejetés des instances de soins officielles. Lorsque nous les voyons, ils.elles ont souvent des problèmes de santé très sérieux, dont les traitements ne peuvent être différés.” 

Médecins du Monde fait 3 recommandations principales aux gouvernements et institutions européennes :

1. améliorer l’accessibilité des soins de santé de première ligne fin d’assurer un accès complet aux soins aux personnes en situation précaire (situation de rue, migration et pauvreté, surtout pour les enfants) ;

2. améliorer les méthodes permettant d’identifier les barrières à l’accès aux soins pour les personnes les plus vulnérables en les incluant dans la collecte de données nationale et européenne ;

3. réaliser la couverture universelle en mettant en oeuvre une approche fondée sur les droits, car c’est le seul moyen de s’assurer que personne n’est effectivement exclu des soins.

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