Belgique
Personnes en marge de la société

Artha : Accompagner les usagers de drogues en situation d’exil et de vulnérabilité

Il vient du Soudan ou d’Erythrée, a fui la guerre, est parfois passé par la Lybie où il n’a pas échappé aux violences. Il rêvait d’un monde de paix. Pour affronter la peur et le découragement, on lui a présenté des analgésiques aux opioïdes, dont le tramadol. Des médicaments qui lui ont permis de résister aux douleurs physiques et au stress. De tenir le coup. Après plusieurs mois, il en est devenu très dépendant. En situation de manque, il souffrait de fièvre, de maux de têtes, de nausées et de crises de panique.

 

Son histoire pourrait être celle d’un des 130 bénéficiaires que le projet Artha a pris en charge depuis sa création, il y a 2 ans*. L’approche est celle de la « réduction des risques » dont l’objectif final est d’autonomiser les personnes usagères de substances psychoactives en situation de séjour irrégulier. Le projet Artha vise ainsi autant les personnes migrantes, transmigrantes ou ayant demandé l’asile, qu’elles soient citoyennes européennes ou non.

Au quotidien, pour amener progressivement les bénéficiaires à s’approprier les outils permettant de réduire les risques liés à leur consommation, l’équipe d’Artha fournit de l’information dans les langues utiles (arabe, russe, polonais…). Elle met aussi du matériel tel que des seringues stériles, pipes à crack propres ou encore des bacs de récupération de matériel usagé à disposition, propose un accompagnement psycho-social et facilite l’accès aux soins de santé en orientant les personnes vers les services spécialisés.

Personne vue de dos portant une chasuble Artha

Fixeurs et fixeuses

L’équipe d’Artha se compose de 7 personnes, dont 2 psychologues, 1 infirmier et 1 assistant social. Ce sont des « fixeurs » et des « fixeuses ». Ils et elles marchent aux côtés des bénéficiaires, les accompagnent et les guident dans un contexte bruxellois souvent hostile.

Ils et elles font de la médiation culturelle, de la traduction et servent de guide pour emmener les bénéficiaires prendre une douche, manger un repas ou voir un avocat ou un médecin. La dimension culturelle étant cruciale pour comprendre la réalité du vécu de la personne. C’est la polyvalence de leurs profils et leur adaptation au milieu urbain qui permettent aux fixeurs et fixeuses d’entrer en contact avec un public exclu du système de prise en charge.

Si les bénéficiaires provenant du Maghreb représentent 40% des personnes qui s’adressent à Artha, celles venant d’Afrique de l’Est (20%) et d’Europe de l’Est (20%) sont les deux autres groupes les plus importants. Comme les parcours migratoires, les assuétudes sont diverses.

Dorota Kwiatkowska, fixeuse :

« Un jour un bénéficiaire m’a appelée car il était très inquiet de l’état de santé de son ami. Je suis allée voir son ami avec lui. Il venait de passer à l’acte en prenant une forte dose de médicament… En discutant à trois on a pu l’accompagner aux urgences pour qu’il puisse être soigné ».

Abdou Muntasir, fixeur, soudanais d’origine :

« On fait des maraudes une fois par semaine avec les équipes du Médibus de Médecins du Monde, on a aussi des permanences au Hub humanitaire et dans les lieux d’hébergement de la Plateforme citoyenne, ainsi que dans certains squats où vivent des migrant.e.s. Quand je rencontre des personnes dépendantes, je leur dis : la route qui t’a menée en mer, à travers la montagne… je suis passé par là. Je sais que l’attente est trop longue et que rien ne bouge pour toi. Je peux t’accompagner chez un.e médecin ou un.e psychologue ».

Au fil des accompagnements, des liens uniques se créent avec certaines communautés telles que la communauté soudanaise ou polonaise. Celles-ci peuvent alors servir d’alerte lorsqu’un de leurs membres est en difficulté.

L’équipe d’Artha s’est adaptée pour faire face aux défis liés à la crise sanitaire et continuer à rendre ses bénéficiaires les plus autonomes possibles. Un accompagnement « aussi court que possible mais aussi long que nécessaire », comme aime le dire l’équipe.

 

* Le projet ARTHA est mis en œuvre en Région bruxelloise et est le fruit d’un partenariat formé par le Projet LAMA asbl et Médecins du Monde et est soutenu par Bruxelles Prévention et Sécurité.

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