Belgique
Personnes en marge de la société

Bruxelles : des centaines de sans-abri à nouveau à la rue d'ici fin mai

D’ici la fin mai, plus de 500 lits pour personnes sans-abri disparaîtront à Bruxelles. Des fermetures qui interviennent alors que l’aggravation de la précarité est de plus en plus palpable sur le terrain : les centres pour personnes sans-abri sont pleins à craquer depuis des mois et le Médibus de Médecins du Monde fait face à un véritable afflux de personnes confrontées à des besoins humanitaires urgents. Alors que la capacité d’accueil doit absolument être renforcée à Bruxelles, c’est l’inverse qui se produit. L’organisation juge donc incompréhensible la suppression de centaines de lits.

 

Le 31 mars a marqué comme chaque année la fin progressive de l’accueil hivernal des personnes sans-abri à Bruxelles. Le centre d’accueil de la rue de Trèves a dû fermer ses portes à 100 de ses 190 occupant.e.s. Ce processus de réduction du nombre de places d’accueil se poursuivra jusqu’à la fin mai, avec la fermeture graduelle d’une série de centres et d’hôtels pour personnes sans-abri. Au total, ce sont quelque 500 lits qui sont ainsi appelés à disparaître. Tous les lieux d’accueil sont concernés : ceux réservés aux femmes, aux familles et aux hommes. La plus grande organisation d’aide aux personnes sans-abri (New Samusocial) est ainsi contrainte de ramener sa capacité d’accueil à 640 places seulement. Alors que les chiffres les plus récents évoquent environ 6 000 personnes sans-abri dans la capitale… On en revient donc à une ‘logique du thermomètre’ qui considère que les personnes sans-abri à Bruxelles n’auraient plus besoin d’un hébergement dès que le printemps arrive. Et cela alors que l’accord du gouvernement bruxellois prévoyait de sortir de cette logique saisonnière.

 

Pour les travailleurs de terrain, il s’agit ni plus ni moins de l’aggravation d’une situation déjà épouvantable :

Les équipes de maraude bénévoles de Médecins du Monde du Médibus expliquent : « Alors qu’en 2019, environ 40-50 personnes venaient habituellement frapper à notre porte chaque soir, nous en accueillons désormais entre 80 et 120 par maraude. Chaque soir, nous voyons défiler des personnes sans-abri qui espèrent que nous réussirons à leur trouver une petite place dans l’un des centres d’accueil. Et même si nous faisons le maximum, nos efforts restent parfois vains. Depuis le début de l’année, nous avons dû annoncer une trentaine de fois que nous n’avions pas trouvé de solution d’hébergement. Y compris à des familles et à des mineur.e.s. Et nous devons à présent expliquer à ces personnes que 500 autres places vont disparaître. Cette situation est extrêmement démoralisante, pour nos bénévoles comme pour nos patient.e.s. »

Les équipes médicales bénévoles de Médecins du Monde actives dans les centres pour personnes sans-abri sont elles aussi inquiètes : « Nous mettons toujours tout en œuvre pour offrir une solution à nos occupant.e.s sans-abri qui perdront bientôt ou qui ont déjà perdu une place dans le centre », explique Maité Machado, coordinatrice des consultations médicales en centres d’accueil. « Mais vu la saturation des centres, nous ne parvenons pas toujours à trouver une alternative. Lors de la fermeture du centre de la rue de Trèves (31 mars), nous avons vu partir avec beaucoup d’inquiétude une de nos patientes – une femme souffrant d’épisodes psychotiques de type schizophrénique. Elle s’est retrouvée à la rue, alors qu’elle a absolument besoin d’un suivi médical et psychiatrique. »

La situation de cette femme n’est malheureusement pas unique. D’autres personnes sans-abri sont extrêmement vulnérables sur le plan médical. Loic De Doncker est médecin bénévole au centre d’accueil pour familles sans hébergement Beaulieu, où 130 lits vont être supprimés : « Ce centre est très spécifique. Il est réservé aux familles confrontées à des vulnérabilités particulières : un enfant atteint d’une tumeur au rein qui a besoin d’une chimiothérapie, un autre souffrant d’un handicap lourd qui a besoin d’une aide pour faire sa toilette, des bébés qui, en rue, sont exposés au risque d’hypothermie, des femmes sur le point d’accoucher… Beaucoup sont ici depuis deux ans déjà. La fermeture du centre Beaulieu menace de réduire à néant tout le travail accompli par les médecins, les psychologues, les assistant.e.s sociaux.ales. Selon nos critères médicaux, aucune des personnes hébergées ici n’est “suffisamment robuste pour vivre dans la rue”. Pourtant, les collaborateur.trice.s du centre n’ont eu d’autre choix que d’établir une liste des personnes qui pourront bientôt faire leurs valises. »

Une aide à deux vitesses

Alors qu’actuellement, tout est mis en œuvre, à juste titre, pour trouver un abri pour les personnes en provenance d’Ukraine, la capacité d’accueil pour personnes sans-abri diminue : « Médecins du Monde soutient évidemment le principe d’un accueil pour chaque Ukrainien.ne réfugié.e, mais déplore qu’en même temps, que des personnes parfois très vulnérables, des femmes, des familles et des enfants se retrouvent à la rue. La politique d’accueil menée dans notre pays, qu’il s’agissent de personnes réfugiées venant d’Ukraine, de celles qui font la file devant le petit Château ou de celles sans-abri qui vivent en Belgique, ne devraient pas dépendre du statut (de réfugié.e), de la couleur de peau ou de la nationalité. »

 

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