Belgique
Personnes en marge de la société

Dépistage des personnes vulnérables à Bruxelles : 4 % des personnes sans-abri bruxelloises, des transmigrant.e.s et des personnes en situation précaire sont positifs

Fin avril, le Gouvernement bruxellois a demandé à Médecins du Monde de faire passer un test de dépistage du COVID-19 à toutes les personnes vulnérables de Bruxelles. Du 27 avril au 10 juin inclus, des équipes de médecins et infirmier.e.s ont parcouru une cinquantaine de lieux de la capitale pour identifier les personnes sans-abri, les Bruxellois.es vivant dans la pauvreté, les réfugié.e.s et les personnes sans-papier porteurs et porteuses du Coronavirus. En six semaines, nous avons fait passer un test à plus de 2.500 personnes. Parmi celles-ci, 4 % étaient positives au Coronavirus.
 

Les équipes se sont rendues dans tous les centres d’accueil pour personnes vulnérables, y compris les hôtels qui, durant la crise, ont temporairement hébergé les personnes sans-abri ne bénéficiant pas d’une place dans le système d’accueil conventionnel. Au total, nous avons visité une cinquantaine de sites. Abattre un tel travail en quelques semaines seulement a constitué un véritable tour de force, tout comme le fait de trouver les volontaires nécessaires pour ce faire. Mais nous y sommes parvenu.e.s !

Sur toutes les personnes testées par Médecins du Monde, 4 % se sont révélées porteuses du Coronavirus. « Un résultat bien plus important qu’au sein de la population belge et similaire au nombre de cas positifs dans les maisons de repos et de soins flamandes. Ce pourcentage aurait probablement été plus élevé si nous avions pu commencer ces tests plus tôt. Nous avons dû attendre que les dépistages soient terminés dans les maisons de repos et de soins pour avoir accès aux tests des autorités fédérales », explique Alexis Andries, Directeur des projets belges. 

Des enseignements à tirer en vue d’une deuxième vague ?

« Tout d’abord, il faut noter que, malgré des conditions de vie difficiles, le pourcentage de personnes positives était moins élevé que ce que nous craignions : les personnes sans-abri, les transmigrant.e.s et les personnes sans-papier n’ont en effet pas d’abri où elles et ils peuvent s’isoler et n’ont souvent pas accès aux masques, à l’eau ou au gel désinfectant. Nous avions peur que ces personnes n’aient d’autre choix que de continuer à errer dans les rues, exposées au virus. Ou qu’elles se retrouvent entassées dans des centres d’accueil surpeuplés et mal aérés. »

Le fait que la société civile, les autorités locales et les organisations humanitaires se soient rapidement mobilisées a clairement fait la différence. Pendant que Médecins sans Frontières et la Croix-Rouge se dépêchaient de mettre en place des centres de quarantaine et que la Plateforme citoyenne et le Samusocial adaptaient et élargissaient leurs centres, des équipes de volontaires de Médecins du Monde réalisaient des consultations dans tout Bruxelles, y compris en rue, pour référer les cas suspects et fournir des soins non liés au virus. 

Comment procéder au tracing des personnes qui n’ont ni adresse, numéro de téléphone ou de registre national ?

Grâce aux différentes actions qui ont été menées, la situation des personnes extrêmement vulnérables a pu être maintenue plus ou moins sous contrôle. « Bien sûr, il ne faut pas négliger le facteur chance, ni le fait qu’il s’agit d’un groupe cible relativement jeune. Le principal défi consiste maintenant à mener à bien le tracing au sein de cette population. Contrairement au Belge moyen, beaucoup de nos patient.e.s n’ont pas d’adresse, pas de numéro de registre national et pas de numéro de téléphone auquel les joindre. Raison pour laquelle ces personnes se trouvent dans des situations compliquées : comment procéder au tracing quand on vit en rue et qu’on a chaque jour des dizaines de contacts fugaces ? »  

Enfin, il faut rester vigilant et encourager nos responsables politiques à améliorer durablement l’accès aux soins : la fragilité de ces personnes reste considérable. « En dehors du Coronavirus, ces personnes font aussi face à toute une série de problèmes mentaux et physiques. Pour elles, le COVID-19 est une menace supplémentaire qui vient s’ajouter à des conditions déjà très pénibles. Nous craignons désormais qu’elles ne soient confrontées à de nouvelles difficultés d’un autre ordre, ainsi qu’à des complications de problèmes de santé existants. Nos patient.e.s chroniques, en particulier, ont dû reporter leurs soins de santé durant la crise. Nous travaillons maintenant d’arrache-pied pour que tout le monde puisse à nouveau avoir accès aux soins habituels, à l’aide psychologique et au système de santé conventionnel. »

 

Chiffres :

  • Au total, 2.544 personnes ont été testées. 63% d’entre elles étaient des hommes.
  • L’âge moyen était de 33 ans. La plus jeune personne testée avait moins d’un an, la plus âgée en avait 95.
  • 28% des personnes vulnérables testées n’avaient aucun accès aux soins.
  • Un peu moins de 40% étaient affiliées à une mutualité (et étaient donc en séjour légal). 27% ont fait appel à l’aide médicale urgente, une forme d’assurance santé pour les personnes sans-papier. 2% ont bénéficié de soins fournis par Fedasil.  

 

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