Belgique
Personnes en marge de la société

Fermeture du centre d’hébergement de la rue de Trêves: 250 hommes, femmes et enfants risquent de se retrouver dans la rue en pleine crise COVID-19

Le 31 juillet 2020, le centre d’hébergement d’urgence et d’orientation pour personnes sans-abri de la Rue de Trêves, géré en consortium par la Croix-Rouge de Belgique en collaboration avec le CAW Brussel et Médecins du Monde, fermera ses portes. À ce jour, aucun financement n’a pu être dégagé pour assurer la continuité du centre au-delà de la fin du mois. Les organisations s’inquiètent du sort des personnes qui y sont hébergées.

"Le Gouvernement fédéral ne peut offrir un soutien structurel en raison du manque de clarté quant à son propre avenir. Le Gouvernement régional ne fournit pas de réponse concluante sur la reprise de ce projet. Cela crée une grande incertitude chez les résident.e.s et les employé.e.s. Cette incertitude est désormais devenue chronique: au mieux, nous attendons avec impatience une prolongation de quelques mois, alors que la valeur ajoutée et la pertinence de ce centre méritent d'être structurées."

Les organisations s’inquiètent du sort des personnes qui devront retourner à la rue dans le contexte actuel de crise sanitaire.

Ce centre, visité par le Roi le 8 janvier dernier, à la demande expresse du Palais royal, accueille aujourd'hui 261 personnes: 78 personnes en famille dont 41 enfants (15 enfants de moins de 3 ans), 58 femmes seules, 107 hommes seuls et 18 mineurs étrangers non-accompagnés. D’ici 3 semaines, ces 261 personnes se retrouveront donc sans solution d’hébergement, les autres centres d’hébergement à Bruxelles étant déjà tous à saturation. Les hôtels ouverts temporairement au début de la crise COVID-19 ont également été progressivement fermés.

De plus, nous sommes toujours au milieu de la pandémie de COVID-19 et les personnes sans-abri n'ont ni logement ni accès (ou peu d'accès) à une assistance médicale. En outre, un logement dans des conditions sûres permet un meilleur traçage des personnes sans-abri. Cette décision remet en question les nombreux efforts visant à protéger les personnes sans-abri contre le virus.

De l'aide d'urgence aux perspectives d'avenir : 60% de sorties réussies

Ce centre, ouvert depuis le 8 décembre 2018, a accueilli 2.459 personnes différentes et plus de 76 nationalités. Chaque résident.e a été accueilli.e, de manière inconditionnelle, pour une période d’un mois minimum, et a pu bénéficier d’un accompagnement psychosocial comprenant notamment les démarches nécessaires en vue d’accéder à ses droits en Belgique et un soutien adapté à sa situation. Pour les enfants, cela comprend aussi un travail de scolarisation (73% d’enfants scolarisés). Comment vont-ils pouvoir poursuivre leur scolarité ?

Un travail d’accompagnement de qualité a été rendu possible grâce à l’ouverture du centre 24h/24 durant les 19 derniers mois et grâce à une collaboration constructive entre les trois acteurs du consortium. 60% des personnes hébergées ont ainsi pu avoir une sortie d’hébergement positive.

La diversité de plusieurs (nouveaux) partenaires au sein du secteur des personnes sans-abri est également une grande valeur ajoutée pour la qualité : « Depuis plusieurs années, une série de (nouvelles) organisations sont impliquées dans la gestion de l’hébergement pour les personnes sans-abri. Cette diversité est cruciale, nous ne voulons pas revenir à une situation de monopole dans laquelle une seule organisation a tout entre ses mains. »

Situation humanitaire alarmante

Le CAW Brussel et Médecins du Monde rappellent une nouvelle fois que le sans-abrisme n’est pas un problème saisonnier. Le processus d’accompagnement médical et psycho-social pour les personnes vulnérables est très intensif et demande du temps. Il faut s’inscrire dans des stratégies de sortie de rue durables.

Kris Gysen, Directeur de programme chez CAW Brussel:

« Seule une approche durable à long terme, avec le soutien professionnel et diversifié nécessaire, peut résoudre le problème du sans-abrisme. Ouvrir les centres pendant quelques mois est une approche pop-up qui fonctionne pour l’organisation d’évènements temporaires, mais pas dans le cas de personnes aux problématiques multiples qui nécessitent une aide spécialisée. »  

Joachim Joris, Coordinateur de projet au Centre de Trèves, CAW Brussel:

« Ce centre est unique. Nous offrons aux personnes les plus vulnérables de la société la chance de sortir du ‘mode survie’, et nous utilisons cette opportunité pour mettre en place un suivi psycho-social intensif et personnalisé avec l’objectif de mettre les bénéficiaires sur la voie d’un avenir meilleur et d’échapper au cercle vicieux de la vie en rue. »

Michel Genet, Directeur général de Médecins du Monde:

« En soi, il est irresponsable d'expulser du jour au lendemain des personnes sans perspective. Faire cela au milieu d'une épidémie de COVID-19 est complètement impensable. Ces derniers mois, nos équipes médicales ont fait tout ce qu'elles pouvaient en tant qu'organisation humanitaire médicale, pour contenir le COVID-19, tester les personnes sans-abri et prévenir les foyers de contamination parmi cette partie de la population. La fermeture du centre met également en péril le traçage efficace des contacts : en effet, comment retracer les personnes qui errent dans la rue ? En d'autres termes, cette décision met en péril des mois de travail, le nôtre et celui de nos partenaires. »

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