Belgique
Personnes en marge de la société

Grève de la soif : un décès devient possible à tout moment

Après près de soixante jours de grève de la faim, une majorité des 450 personnes ont commencé une grève de la soif: un décès devient possible à tout moment.

 Il est urgent de trouver une manière d’y mettre fin !

L'état des plus de 450 personnes sans-papiers, dont certaines depuis vendredi ont commencé une grève de la soif, est tel qu’un décès devient possible à tout moment, notamment parce que l’état neurologique et psychologique des grévistes est tellement dégradé qu’une décision fatale peut finir par s’imposer à l’esprit des personnes en extrême souffrance.

Si les yeux de la Belgique entière se sont bien naturellement tournés vers le drame effroyable causé par les inondations, ce qui est en train de se passer dans deux des trois sites occupés par les personnes sans-papiers en grève de la faim devient médicalement extrêmement préoccupant pour près de 300 grévistes qui ont entamé une grève de la soif.

Une grève de la faim qui approche les 60 jours

Après près de 60 jours de grève, la santé est extrêmement fragilisée et l’on sait que les organes vitaux sont potentiellement touchés. Par ailleurs, depuis quelques jours, “on court à tout moment le risque, même avant la grève de la soif, d’un arrêt cardiaque”, selon la Docteure Nelki qui suivait les grévistes du site de l’ULB, “arrêt cardiaque qui peut être dû à une arythmie liée à un trouble électrolytique principalement causé par une hypokalémie (un taux de potassium insuffisant)”. Par ailleurs, complète la Docteure Nelki, “l’état neurologique de la plupart des grévistes est excessivement critique avec des débuts de cécité, des vertiges et pertes d’équilibre entraînant des blessures et lésions”.

La grève de la soif, une survie de quelques jours

Mais la situation s’est subitement aggravée ces derniers jours, de par le fait que près de 300 de ces grévistes (sur les sites du Béguinage et de la VUB) ont entamé une grève de la soif, certains se cousant les lèvres ou les recouvrant de scotch. “Cela devient une grève dite totale”, indique le Docteur Michel Roland, ancien Président de Médecins du Monde, qui a suivi de nombreuses grèves de la faim par le passé, “et la littérature scientifique est très peu abondante sur ce sujet, car c’est très peu arrivé. On sait néanmoins qu’on parle de quelques jours de survie. La circulation du sang diminue, le rythme cardiaque augmente très fort, la tension diminue et le rythme respiratoire s’accélère, ce qui augmente encore la perte d’eau…”. Toujours selon le Docteur Roland, “ tout ceci accentue les problèmes neurologiques et surtout l’insuffisance pré-rénale déjà initiés par la grève de la faim. Les troubles ioniques que cela génère entraînent une défaillance des organes nobles, comme le cœur avec une issue fatale.”

Un état psychologique particulièrement dégradé

Cette dégradation s’inscrit auprès de patient.e.s dont l’état psychologique est aussi particulièrement préoccupant, comme il a été constaté par des psychologues bénévoles avant ce weekend : « S’il s’agissait de personnes rencontrées en consultation ambulatoire, pour plusieurs d’entre elles, je verrais dans leurs dires, leur état psychique et social, des raisons de les faire hospitaliser en psychiatrie d’urgence. Il est évident que selon nos critères psychiatriques, ils et elles sont pour la plupart en dépression majeure : humeur dépressive, pleurs, sentiment de désespoir, insomnies sérieuses, fatigue extrême, irritabilité, idées noires et idées suicidaires actives pour certain.e.s et conduites de mise en danger. » explique Charlotte Malka, l’une d’entre elles.

Des observations confirmées par Lucia Bohle Carbonell, psychologue bénévole qui ajoute : « La tension psychologique accumulée sur le long terme se décharge dans des crises d’angoisse ou d’auto-agression. De plus en plus de personnes avouent ne plus avoir aucun espoir et ont des idées suicidaires. On constate aussi de plus en plus de troubles de comportement, une expression altérée, un langage décousu et cela est accentué par une perte de concentration due à la grève de la faim. »

Avec l’entame de la grève de la soif depuis plus de 48 heures, le risque devient particulièrement élevé qu’un.e des grévistes commette l’irréparable, car les bénévoles qui ont été admis sur les deux sites ce dimanche constatent une dégradation de l’état psychologique encore plus forte.

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Face à un tel constat, les médecins, infirmier.e.s et psychologues volontaires qui se sont succédé.e.s depuis six semaines auprès des grévistes réitèrent leur appel aux responsables politiques : « En tant que médecins, nous ne sommes pas là pour proposer des solutions politiques. Nous ne faisons pas cette intervention médicale "parce que nous soutenons l'initiative" ou "parce que nous les soutenons", mais pour limiter au maximum les risques et dommages sanitaires. Il est de notre devoir fondamental de protéger chaque vie humaine, y compris dans des circonstances où des personnes ont envisagé de mettre leur corps en danger afin d'être entendues”, expliquent les Docteurs Michel Roland et Rose Nelki. “ Aujourd'hui, nous ne sommes plus en mesure de prévenir des conséquences tragiques que la longueur de la grève de la faim, cette grève de la soif et l’état psychologique des patient.e.s peuvent entraîner. Il est urgent de trouver une voie de sortie qui les convainque de mettre fin à cette grève, dont les conséquences médicales seront de toute manière très lourdes ».

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