Croatie
Personnes en marge de la société

La communauté Rom en Serbie et Croatie : l’urgence invisible

‘Lutter contre les discriminations et améliorer leur accès à la santé’

1.360
Bénéficiaires
2.985
Participations à des activités
60%
De femmes
31 ans
Âge médian (de 4 mois à 89 ans)

 

La communauté Rom - 6 millions de personnes en Europe – est victime d’une discrimination endémique et plurielle. Des discriminations basées sur ses origines ethniques, ses langues maternelles et du fait de sa situation économique et sociale.  Celles-ci impactent largement l’accès à la santé des membres de la communauté, et en particulier des femmes qui font également face à une discrimination basée sur le genre et une importante charge mentale au quotidien.

‘La journée type d’une femme Rom consiste à s’acquitter de nombreuses tâches ménagères avant le réveil de sa famille, un travail qui se poursuit du matin jusqu’au soir. Elle se doit d’être disponible en permanence pour ses enfants et son mari, tout en étant financièrement dépendante. Le plus souvent, elle ne dispose d’aucunes ressources, ni de temps pour se préoccuper de sa santé physique, et encore moins de sa santé mentale’ explique Sunčica Lazanski, psychologue pour Médecins du Monde en Croatie.

Partant du principe essentiel que tout être humain a le droit à la santé, Médecins du Monde, appuyé par 7 partenaires locaux en Croatie et en Serbie, a mis en œuvre le projet « PRO Health for Roma- Addressing discrimination and improving access to health care for ROMA communities », de novembre 2019 à avril 2021.*

Discussion devant un abri en bois

Les zones rurales de Međimurje en Croatie et de Sremska Mitrovica en Serbie ont été choisies comme lieux de pilotage des activités du projet en raison des fortes concentrations de populations Roms présentent sur ces territoires. Soit environ 15.000 personnes réparties dans plusieurs camps situés, le plus souvent, à la périphérie des villes et villages.

Ces populations Roms y vivent le plus souvent dans une grande précarité, étant donné la discrimination et les stéréotypes qui les visent ainsi que leur isolement des grands centres urbains et le manque d’accès à des services publics.

Il a donc fallu mettre en place des unités mobiles pour atteindre et soutenir réellement ces personnes - une des clés de la réussite de ce projet. Des équipes se sont ainsi rendues dans les camps et habitations privées pour informer sur le droit à la santé et faciliter l’accès aux soins publics. 

Juliette Delescluse, coordinatrice générale de la mission Croatie:

‘Le soutien apporté était très large et concret pour répondre aux besoins du quotidien : cela allait d’aider à compléter un formulaire pour obtenir une assurance santé, à s’enregistrer pour une consultation médicale spécialisée ou à un accompagnement physique pour acheter des médicaments à la pharmacie.... Tout au long de ces actions, des conseils de prévention santé ont aussi été fournis. Ces visites nous ont également permis de nous rendre compte par exemple que des enfants n’avaient jamais été vaccinés ou encore en Serbie, malgré le nombre élevé de personnes ayant déclaré être en état de détresse psychique (128 personnes soit 84%) lors des consultations psychosociales, qu’aucune d’entre elle n’avait rencontré de professionnel de la santé mentale dans le passé ».

Les unités mobiles étaient composées d’équipes mixtes comprenant du personnel médical (infirmière, médecin généraliste, pédiatre et gynécologue), des travailleurs sociaux et des psychologues. Mais aussi et surtout de jeunes membres de la communauté Rom, connaissant la langue, les usages et les codes avec, a minima, une parité de femmes. Ces travailleurs et travailleuses communautaires ont pu aussi recevoir une formation afin de faciliter leur prise de fonction, puisque bien souvent c’était le premier emploi qu’ils et elles occupaient.

Juliette Delescluse :  ‘Il est important de mentionner que ces personnes issues de la communauté Rom étaient des membres à part entière de l’équipe, employé.e.s et rémunéré.e.s, ce qui n’est malheureusement pas (encore) souvent le cas dans de nombreux projets d’insertion sociale. Employer des jeunes femmes Roms a aussi été une manière de les soutenir dans leur projet d’émancipation sociale et économique car malheureusement la plupart des femmes Roms qui arrivent à finir leurs études secondaires sont victimes de discriminations et ne trouvent pas d’emploi, contraintes de retourner à des rôles traditionnels auxquels elles souhaitent échapper’.

Consultation mobile

Ce projet visait également à agir durablement sur les inégalités d’accès aux soins rencontrées par la minorité Rom. Pour ce faire, des rencontres et temps d’échanges entre des membres de la minorité Rom et les acteurs et actrices impliqué.e.s dans l’accès aux soins (institutions locales, professionnel.le.s de santé, société de transport en commun) ont été organisés.

‘Cela a notamment permis la rédaction de stratégies régionales détaillant les mesures locales pour favoriser l’accès aux soins de la minorité nationale Rom, la formation des professionnel.le.s de santé à une prise en charge égalitaire des membres de la minorité Rom ou encore la rédaction d’une étude de faisabilité sur la création de « services de transport gratuits vers les services de santé pour les représentant.e.s de la minorité Rom et autres groupes vulnérables dans le comté de Međimurje, en Croatie ‘ explique Juliette Delescluse.

 

Prévenir les violences basées sur le genre et touchant les enfants

L’avantage d’une aide anticipée et ‘sur site’ est aussi économique car elle réduit le nombre de prises en charge par les services d’urgence grâce à des soins (préventifs) peu couteux et adaptés ainsi qu’en augmentant la littératie en santé des bénéficiaires. (La littératie étant la capacité à savoir comment accéder et naviguer dans le système de santé et de comprendre les informations dispensées relatives à la santé.)

L’aide anticipée ‘sur site’ permet par ailleurs d’éviter la détérioration de la santé mentale, risque plus important dans des conditions de vie socio-économiques précaires.

Sunčica Lazanski, psychologue : ‘Les personnes ont des comportements autodestructeurs, consomment de l’alcool, des drogues ou utilisent la violence pour exprimer leurs émotions. Des addictions en découlent, créant des cercles vicieux de problèmes psychologiques, qui génèrent à leur tour de la violence et des problèmes psychologiques plus graves…

 ‘Une idée commune au sein de la communauté Rom, c’est celle du stéréotype de l’homme macho qui doit subvenir aux besoins de sa famille, … A cause de l’insécurité à laquelle il fait face et à l’incompréhension de la population générale, sa frustration se retourne souvent sur sa femme et ses enfants. Parmi les enfants avec qui j’ai travaillé, beaucoup ont été confronté.e.s à des scènes de violences choquantes très tôt dans leurs vies.’

Prendre soin de la santé mentale des personnes est donc bénéfique à tous les membres de la famille.

Famille

Mauvaise santé

82% des membres de la minorité Rom bénéficiaires du projet en Croatie et 84% en Serbie se considèrent comme ‘en bonne santé’. Néanmoins, on sait qu’ils et elles la surestiment généralement, comme le confirme des études précédentes de l’UE (Dotcho Mihailov, 2012; Partners for Democratic Change Slovakia. et al., 2009).

Ainsi, 20% des bénéficiaires en Croatie et 10% en Serbie ont déclaré avoir souffert de plus d’une maladie durant l’année écoulée. Les maladies les plus communes étaient les troubles musculo-squelettiques et l’hypertension artérielle.

En Serbie et en Croatie, les Roms que nous avons interrogé.e.s ont déclaré avoir consulté 6 fois un médecin au cours des 4 dernières années. Alors que la moyenne européenne est de 4.4 à 10 fois par an, dans la plupart des états européens !

En Croatie, 76% des personnes interrogées ne consultent pas de dentistes chaque année, comme recommandé officiellement, dont 23% qui n’y sont pas allées depuis au moins 5 ans et 20% qui n’y sont jamais allées. En Serbie, 58% n’y vont pas chaque année, dont 21% n’y étant pas allées depuis 5 ans et 18% jamais !

Consultation

 

Renoncement aux soins

Enfin, 23% des personnes Roms ont déclaré en Croatie et 27% en Serbie ne pas avoir contacté de médecin alors que leur état de santé le nécessitait.

Parmi les causes principales on retrouve le manque de moyens financiers. C’est ce qu’affirment 41% des personnes en Croatie et 31% en Serbie, qui n’ont pu avoir accès à des traitements ou des médicaments faute d’argent. Une autre raison est la discrimination vécue chez un.e médecin : 36% des personnes en Croatie et 11% en Serbie ont déclaré avoir eu une mauvaise expérience avec des médecins.

 

Symptômes COVID plus sévères

En général, le nombre de personnes touchées par la pandémie de COVID-19 a été plus faible dans les communautés Roms des zones rurales de Međimurje en Croatie et de Sremska Mitrovica en Serbie, que dans la population générale. Malheureusement, les Roms infecté.e.s ont le plus souvent souffert de symptômes plus graves que le reste de la population de par leur état de santé bien plus dégradé que la population majoritaire ainsi que la présence de comorbidités.

En conclusion, le projet “PRO Health for Roma” a démontré l’efficacité d’un modèle d’intervention local en soutien à la population Rom en matière d’accès à la santé. Plus intéressant encore : il a aussi prouvé son potentiel de réplicabilité dans d’autres régions ou avec d’autres groupes de population vulnérables.

 

*Ce projet est financé par le programme « Droits, égalité citoyenneté » de l'Union européenne (2014-2020) et cofinancé par le Bureau du gouvernement croate pour la coopération avec les organisations gouvernementales.

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