Belgique
Personnes en marge de la société

Vacciner les personnes « invisibles », où en est-on ?

Pour les personnes sans domicile fixe, sans papiers et tous ceux et celles qui sont exclu.e.s des soins de santé. Le point avec Marieke Priem, référente médicale chez Médecins du Monde.

 

Avec des hauts et des bas, la vaccination a commencé chez nous. Comme il se doit, les groupes prioritaires sont les premiers servis : le personnel de santé, les personnes âgées et celles souffrant de maladies chroniques. Mais qu’en est-il des personnes fragiles « invisibles » qui se trouvent dans notre pays ? Celles qui vivent dans un squat, dans la rue ou dans un centre d’hébergement ? Nous avons posé la question à la Docteure Marieke Priem, référente médicale chez Médecins du Monde.

Marieke

Marieke, le plan stratégique fédéral de vaccination est prêt. Les personnes à risque d’abord, c’est le principe de base. Mais qu’en est-il des personnes fragiles qu’on ne voit pas ? Celles qui vivent des conditions de grande précarité, celles qui sont sans-abri ou qui habitent dans des logements inadaptés, les travailleur.euse.s du sexe clandestin.ne.s, les personnes migrantes ou sans papiers ?

Marieke: Nous n’avons pas encore beaucoup de détails, mais il y a un accord de principe qui dit que tout le monde sera vacciné, y compris les personnes sans-abri, sans papiers ou qui passent sous les radars. Un argument important des autorités est qu’il y va de la santé publique : pour arriver à une immunité la plus large possible, il faut vacciner un maximum de personnes. Les personnes sans papiers et migrantes en font partie. Mais quand et comment cela va avoir lieu : il n’y a pas de réponse précise pour le moment.

 

Les personnes que vous mentionnez sont-elles particulièrement vulnérables ? Devraient-elles être considérées comme prioritaires, tout comme les personnes âgées ou ayant des maladies chroniques ?

Une étude a montré que les personnes qui fréquentent notre médibus, notre centre de soins ou les centres d’hébergement, souffrent plus souvent de maladies chroniques que la population belge moyenne. C’est dû, en partie, à leurs difficiles conditions de vie et au fait qu’ils et elles soient déconnecté.e.s du système de soins de santé. Mais il existe différents groupes au sein de nos patient.e.s : un jeune migrant venant du Soudan montre une plus grande résilience qu’une personne sans-abri de 60 ans ayant des problèmes cardiaques. En d’autres termes, il n’existe pas de réponse univoque sur la stratégie de vaccination idéale des personnes vivant en marge de notre société. C’est une question de mesure, de segmentation et de phasage.

 

Le variant britannique est-il aussi inquiétant pour les publics de Médecins du Monde ?

Le variant britannique est dangereux car il est plus contagieux. Dans les centres d’hébergement pour personnes sans-abri, dans les squats ou tout autre endroit où logent ces personnes, le risque de cluster et de foyer de contamination localisé est plus élevé. Nous avons déjà observé cela dans le passé. Il me parait donc utile de fournir des vaccins d’abord à ces communautés-là.

Par ailleurs, nous devons nous investir dans la promotion de la santé et la prévention pour que les personnes soient informées et sachent comment éviter une contamination. Au cours de l’année écoulée, nous avons agi à travers une équipe mobile qui visitait les squats et les centres d’hébergement, qui donnait de l’information, distribuait des masques, du matériel de désinfection et faisait tester si nécessaire.

Personnes sans-abri dormant dans une station de métro

À propos de promotion de la santé, est-ce que nos publics expriment une méfiance sur les vaccins ? Est-ce qu’ils et elles parlent de théorie du complot ?

On ne constate pas plus de partisan.ne.s de la théorie du complot qu’ailleurs. Ce qui frappe plus que la méfiance des vaccins, c’est celle envers l’autorité. Il faut savoir que beaucoup de nos patient.e.s ont vécu des expériences négatives avec les autorités, ils et elles ont le sentiment de vivre en dehors du système, exclu.e.s depuis des années de la couverture de santé. Ces personnes n’attendent pas d’être vaccinées car elles pensent qu’elles n’y ont pas droit, ou que les vaccins sont destinés uniquement aux belges « riches ». 

 

Pour un.e belge, se faire vacciner est déjà tout un processus: il faut 2 doses, il faut aussi conserver les vaccins à très basse température, ce genre de prescription stricte n’est pas simple à réaliser dans par exemple un squat ou un centre d’hébergement…

Dans la pratique, ce sera en effet un défi. Pour le moment, nous pensons que les équipes mobiles seront les plus à même de vacciner, en injectant le vaccin en une seule dose. Nous devons voir si cela sera réaliste. Le vaccin Pfizer n’est de fait pas envisageable dans les lieux où nous travaillons : les conditions strictes de conservation de ce vaccin ne seront pas réalisables. Nous devons donc envisager de travailler avec des centres de vaccination ou d’autres centres de soins.

Un autre obstacle pratique est l’obligation de l’inscription. Beaucoup de nos patient.e.s n’ont pas d’adresse ou de numéro national ou ont tout simplement peur d’être enregistré.e.s. La méfiance envers les autorités joue à nouveau et les organisations de terrain doivent travailler à dépasser cette méfiance. Donc, oui, ce sera un gros défi pour faire vacciner les personnes que nous soignons.

 

Enfin, qu’en est-il des centaines de bénévoles qui travaillent chaque jour dans des fonctions médicales ou para-médicales auprès de nos patient.e.s ?

Médecins du Monde plaide pour que ses bénévoles puissent se faire vacciner dès que possible et en priorité. Mais pour l’instant, tout comme d’autres soignant.e.s , nous n’avons pas encore d’information à ce sujet. Il va de soi que les médecins et infirmier.ère.s qui s’engagent pour soigner d’autres êtres humains doivent être vacciné.e.s aussi vite que possible. Nous poursuivons notre plaidoyer dans ce sens auprès des pouvoirs publics.

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