Belgique
Personnes en marge de la société

Focus sur le centre d'hébergement médicalisé d'Anvers

Un an et demi après le début de la pandémie de Coronavirus, de nombreuses personnes sans-abri souffrent encore de l’impact de cette maladie dans notre pays. Le centre d’hébergement médicalisé d’Anvers s’est imposé comme un véritable refuge pour cette population vulnérable.

Textes et photos : Marie Monsieur 

 

Le centre d’hébergement médicalisé a vu le jour en mars 2020. Une petite équipe de Médecins du Monde a entrepris d’offrir, avec l’aide de la ville d’Anvers et d’autres partenaires, un refuge aux personnes sans-abri nécessitant une assistance 24 heures sur 24 en raison de leurs problèmes médicaux. Une première à Anvers. Aujourd’hui, plus d’un an plus tard, nous sommes toujours aux côtés de ces personnes vulnérables. Beaucoup de choses ont changé au cours de cette période : le centre d’hébergement a déménagé, l’équipe compte deux fois plus de membres et il est désormais possible d’y placer des malades en isolement ou en quarantaine. « L’aspect sur lequel nous avons travaillé le plus au cours de l’année écoulée… », explique An, médecin dans le cadre de ce projet, « ce sont les endroits où installer les patient·e·s. Il est relativement facile d’offrir des soins médicaux à une personne, mais encore faut-il lui trouver un lieu où se soigner. En offrant un point d’attache aux personnes sans-abri, nous leur donnons la possibilité de travailler à leur guérison, de se construire un réseau et de se mettre à la recherche d’un endroit où vivre. Nous veillons également à ce que chacun·e puisse consulter un·e médecin. »

 

Reprendre sa vie en main 

Edward a poussé la porte du centre d’hébergement médical il y a deux jours. Il nous explique son parcours pendant le petit-déjeuner : « Lorsque j’étais jeune, j’ai eu l’occasion de parcourir le monde. J’étais matelot, ce qui m’a permis de visiter toutes sortes d’endroits sur terre... Jusqu’à ce que je tombe amoureux et que je suive l’élue de mon cœur en Belgique. J’ai trouvé du travail sur un chantier naval et j’ai obtenu la nationalité belge. Ma femme et moi avons ensuite eu un fils. Nous nous sommes séparés quelque temps après sa naissance, mais nous sommes restés bons amis. J’avais donc une belle vie. Mais un jour, je me suis cassé la colonne vertébrale. Je n’ai pu retourner chez moi qu’après une longue hospitalisation et une revalidation. Le chantier naval sur lequel je travaillais avait entre-temps fermé, ce qui me laissait sans emploi. C’est à ce moment-là que les choses ont déraillé. J’ai commencé à boire et à consommer de la drogue, j’ai perdu mon appartement et je me suis retrouvé à la rue. Je passais mes nuits dans un centre d’accueil. C’était une solution temporaire qui n’était pas mauvaise, mais mon corps avait besoin d’un endroit où reprendre des forces. C’est comme ça que je suis arrivé ici, au centre d’hébergement médicalisé. Je me sens rassuré de pouvoir séjourner ici, et cette tranquillité d’esprit me permet de me concentrer sur les objectifs que je me suis fixés. Quand on vit dans la rue, le stress nous empêche de reprendre notre vie en main. »

Il n’y a que deux choix possibles dans la vie : soit on se laisse aller, soit on se bat. Et j’ai choisi de me battre.

Ronald est arrivé au centre d’hébergement médical après avoir été opéré en urgence à la suite d’un infarctus survenu dans un centre d’accueil de nuit pour les personnes sans-abri : « Ici, au centre d’hébergement médical, je peux reprendre des forces et me préparer à tout reprendre de zéro. Pourquoi j’ai eu un infarctus ? Parce que je n’ai pas suffisamment pris soin de ma santé, je pense. J’ai trop souvent fait la fête et mangé trop de crasses au cours de ma vie, et ça a fini par me boucher les artères. Un centre d’accueil de nuit est une structure utile et nécessaire, mais elle ne suffit plus quand on a fait un arrêt cardiaque. Et puis, on ne peut pas s’y rendre entre 9h30 et 19h30, et errer pendant 10 heures dehors n’est pas envisageable dans ma situation. 
Je suis sans domicile fixe depuis maintenant cinq mois. Les choses ont mal tourné avec la femme avec qui je partageais ma vie. J’avais une belle vie avant tout cela, et aujourd’hui plus rien ne va. Il n’y a que deux choix possibles dans la vie : soit on se laisse aller, soit on se bat. Et j’ai choisi de me battre.
» 

médecin mesurant la tension d'un patient


Aider, ici en Belgique 

« On oublie souvent que les personnes sans-abri avaient une vie tout à fait normale avant de se retrouver dans un centre d’hébergement », explique Matthias, responsable de la permanence. « Croyez-moi, n’importe qui peut se retrouver un jour à la rue. En tant que responsable de la permanence, je suis souvent le premier contact de ces personnes le matin. Je prépare le petit-déjeuner, je range, je nettoie les étages, j’appelle les instances sociales et je prends le temps d’échanger quelques mots avec chacun·e. Je suis content de faire un travail qui a un impact sur les gens à petite échelle. Et ces personnes nous le rendent au centuple ! Il faut toujours un peu de temps avant qu’une personne s’ouvre, c’est pourquoi il faut apprendre à lire entre les lignes de leur histoire. Lorsque quelqu’un réagit de manière violente, cela signifie probablement qu’il se passe quelque chose dans sa vie qui induit une telle réaction. Malgré quelques divergences d’opinions parmi les résident·e·s, c’est beau de voir qu’ils et elles trouvent de la consolation et de la compréhension chez les autres. C’est magnifique de constater comme les gens qui passent par ici retrouvent la force d’affronter à nouveau le monde. Dans le passé, je rêvais de travailler à l’étranger pour une ONG, mais cette envie m’est passée. En effet, je me rends compte que je peux aussi aider de nombreuses personnes ici en Belgique, et faire une vraie différence dans leur vie. »


Trouver refuge

Jessica séjourne au centre d’hébergement médical d’Anvers depuis une intervention chirurgicale. Elle estime qu’il est important que les gens sachent ce qui se passe dans le monde et que des organisations comme Médecins du Monde existent. 
Elle considère les structures d’accueil comme un refuge mais, pour elle, les crises de panique ne sont jamais loin. 
« J’ai un passé de violence conjugale. Il y a six ans et demi, mon ex-compagnon m’a fait faire une chute de seize mètres de haut. Mes deux bras et mon pied ont été broyés sous l’effet du choc et ont dû faire l’objet de plusieurs opérations. Je viens encore de subir une intervention chirurgicale à l’hôpital. Avant d’arriver au centre d’hébergement, je séjournais dans un centre d’accueil pour les femmes et les familles. Même si j’y ai été accueillie chaleureusement, je n’arrêtais pas de faire des crises de panique. C’est comme si j’entendais sans cesse la voix de mon ex, qui me criait qu’il allait me tuer. Dès que je me retrouvais face à un grand nombre de personnes, je me remettais à paniquer. C’est donc une bonne chose pour moi d’être désormais ici, dans un environnement où je peux être suivie médicalement. Je reçois les médicaments dont j’ai besoin et je peux discuter avec les autres résident·e·s. Je me sens en sécurité. »

« Il n’est pas facile d’obtenir la confiance d’une personne fragilisée. Celles et ceux qui ont vécu beaucoup de choses dans la rue ont perdu toute confiance en la nature humaine. Cela apporte une dimension de défi à mon travail, car cette confiance est indispensable pour prodiguer des soins de qualité », explique Marc. « Lorsque j’ai pris ma retraite, je me suis retrouvé désœuvré. Je me suis donc proposé comme bénévole auprès de Médecins du Monde, une organisation dont la mission m’a toujours touché. Le fait de pouvoir offrir une aide aux personnes vulnérables au sein de notre société me comble de satisfaction. Je trouve fantastique d’apporter de la joie à nos résident·e·s, en plus des soins dont ils et elles ont besoin. Le dimanche est le jour que je préfère ici. C’est celui où l’on prépare des œufs et où l’on s’offre un petit extra. Le respect qu’on me témoigne en retour dépasse toutes mes espérances. Je fais des heures supplémentaires presque chaque jour, mais je le fais avec un immense plaisir. » 

patiente assise sur un lit

Voir plus loin que les problèmes d’une personne vulnérable

Berten infirmier, fait partie de l’aventure depuis la création du centre d’hébergement médicalisé, en mars de l’année dernière. « En un an, j’ai appris énormément. Ce fut un réel plaisir de voir grandir le centre d’hébergement médical. Nous travaillons toujours aussi dur, mais de manière plus structurée. Seule une personne sans-abri est revenue au centre après en être partie. Un homme âgé qui, après un hiver entier dans la rue, s’est à nouveau retrouvé très affaibli et a eu besoin de revenir pour récupérer. Mais à part ça, le centre reflète la force et la résilience de ses résident·e·s : nous leur offrons un contexte sûr, mais ce sont au final les résident·e·s qui se reconstruisent une perspective d’avenir. Ensemble, nous rebâtissons également la confiance dans le domaine des soins de santé, faisant disparaître les obstacles d’accès à la consultation d’un médecin. Les résident·e·s n’ont pas une attitude passive, mais prennent la parole et entreprennent des actions. »

En bref 

De mars à décembre 2020, nous avons accueilli 47 personnes sans-abri au centre d’hébergement médical. En moyenne, elles y sont restées 22 jours. Elles avaient entre 26 et 83 ans. 65 % des résident·e·s avaient une autorisation de séjour en Belgique ou n’en avaient pas besoin, et 85 % étaient des hommes. 

Nous avons réalisé des consultations chaque jour : les affections orthopédiques, pulmonaires et cardiovasculaires étaient les plus courantes. 

Chaque résident·e avait sa propre chambre et bénéficiait d’un accompagnement intensif sur le plan médical, social, psychologique et administratif. Ensemble, nous cherchons les meilleures solutions possibles.

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