Belgique
Personnes en marge de la société

Deux mois de Plan hiver médical : aller plus loin que les soins

Cela fait deux mois que Médecins du Monde a lancé son Plan hiver médical. Depuis novembre, 51 bénévoles – médecins et accueillant·e·s – se rendent plusieurs soirs par semaine dans les centres d’accueil hivernaux pour procurer des soins aux personnes sans-abri. Lucille Ganchou, coordinatrice du Plan hiver médical et Ine Vandenbussche, coordinatrice médicale, font le point.

60%
des personnes sans-abri souffrent d'une malade chronique
70%
des personnes sans-abri n'ont pas accès à un médecin
87
personnes ont été accompagnée vers le système de santé traditionnel depuis le début du Plan hiver médical 2018-2019
Un Plan hiver médical pour les personnes sans-abri : ça veut dire qu’elles tombent malade plus souvent en hiver ?

Lucille Ganchou, coordinatrice du Plan hiver médical de Médecins du Monde : « C’est logique de penser que les gens qui vivent en rue sont plus vulnérables en hiver : il suffit de se balader à Bruxelles quand il fait plus froid pour voir les couvertures, les cartons et les recoins des stations de métro où certains tentent de trouver un peu de chaleur… »

Ine Vandenbussche, coordinatrice médicale: « Mais pourtant, tous les ans, les chiffres montrent que l’hiver n’est pas plus dangereux que les autres saisons. Les personnes sans-abri sont vulnérables tout au long de l’année, pas seulement en hiver. C’est pour ça que Médecins du Monde plaide depuis tant d’années pour une politique ‘sans-abris’ – et des centres d’accueil – qui durerait toute l’année. »

L.G. : « Actuellement, les centres d’accueil ferment leurs portes au printemps et des centaines de personnes – dont certaines sont malades – se retrouvent de nouveau à la rue. Cela ne devrait pas se passer comme ça. »

Pourquoi être présents dans ces centres hivernaux alors ?

L.G. : « Nous faisons avec ce qui existe. Et malgré ses lacunes, le système actuel nous permet pendant quelques mois de créer des liens avec des personnes que nous ne voyons quasiment jamais le reste du temps. Nous nous attelons donc à répondre à leurs besoins de santé et à les accompagner dans le processus qui leur permettra de réintégrer le système. »

En quoi ce travail consiste-t-il ?

L.G. : « Nous fournissons une aide médicale aux personnes qui n’ont pas accès aux soins. Nous sommes présents dans trois centres d’accueil six soirs par semaine. Nos médecins et accueillant·e·s bénévoles travaillent avec les infirmiers·ères de la Croix-Rouge et du Samusocial, qui s’occupent des premiers soins. Lorsqu’ils·elles estiment que quelqu’un a besoin de soins plus spécifiques et que cette personne n’a pas d’accès au système traditionnel – médecin généraliste, urgences, etc. -, alors nous intervenons. »

Quels sont les problèmes que vous rencontrez le plus souvent ?

I.V. : « On remarque que les personnes sans-abri souffrent très souvent de maladies chroniques : diabète, problèmes pulmonaires ou même des cancers ou des problèmes de foie. Pour ces maladies, il est important de revoir les patient·e·s de manière régulière, de créer une routine, de s’assurer que les médicaments sont correctement pris et que les signes de danger sont connus. D’où l’importance d’un contact continu, aussi bien en été qu’en hiver. »

L.G. : « C’est pour ça que Médecins du Monde se concentre aussi sur la réintégration des personnes dans le système de santé traditionnel. Une personne séropositive a par exemple besoin d’avoir ses médicaments tout au long de l’année. Nous ne voulons pas nous substituer aux soins de santé existants et nous ne voulons pas que nos patient·e·s dépendent de nous. Notre objectif, c’est de faire en sorte qu’ils ou elles puissent, après l’hiver, aller voir un médecin généraliste ou se rendre à l’hôpital comme n’importe qui. C’est pour cela que nous travaillons avec des assistant·e·s sociaux·ales, dont le travail est crucial : c’est grâce à leur travail que les personnes que nous aidons peuvent se remettre en règle avec leur mutuelle, ou obtenir une carte médicale, etc. »

Notre objectif, c’est de faire en sorte qu'après l’hiver, ces personnes puissent aller voir un médecin généraliste ou se rendre à l’hôpital comme n’importe qui. C’est pour cela que nous travaillons avec des assistant·e·s sociaux·ales, dont le travail est crucial. 

I.V. : « Cette année, pour la première fois, des gens envoyés par les CPAS sont présents dans certains centres hivernaux. C’est déjà un progrès incroyable : normalement, il faut des semaines de combats administratifs pour en arriver là. Aujourd’hui, nous travaillons de concert avec les CPAS et en deux mois, nous avons déjà permis à près de 100 personnes d’accéder au système de santé.

Parmi ces gens, presque tous souffraient de maladies chroniques. Nous accompagnons actuellement une dame de 61 ans atteinte de diabète, d’hypertension artérielle et de douleurs dans le dos qui n’a aucun accès à des soins. Dans quelques temps, elle pourra voir un médecin, se procurer des médicaments et contrôler son état de manière régulière. C’est pour cela qu’on se bat ! »

En pratique, Médecins du Monde est présente dans trois centres hivernaux :

  • Le centre ‘Poincarré’ peut accueillir 450 hommes ou femmes sans-abri en situation de vulnérabilité (plus âgés, malades, etc.). Médecins du Monde y est présente chaque lundi et jeudi avec un médecin, deux accueillant·e·s et un·e infirmier·ère du Samusocial.
     
  • Le centre ‘Royale’ peut accueillir jusqu’à 300 hommes seuls. Médecins du Monde y est présente chaque mardi et dimanche avec un médecin, deux accueillant·e·s et un·e infirmier·ère du Samusocial.
     
  • Le centre ‘Trêves’ accueille toutes les personnes (hommes, femmes, familles, enfants). Médecins du Monde y travaille avec ses partenaires de la Croix-Rouge et du CAW.

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